Dimanche 7 Septembre 2008
Le fait du prince
Par jardinbaroque, Dimanche 7 Septembre 2008 à 09:02 GMT+2 dans Prima la musica !

Benoît-Agnès Trioson, dit Ruehaus ou Ruoz (1790-1804), 1800.
Huile sur toile, Paris, Musée du Louvre.

Depuis 1761, Nicolaus avait à son service un musicien dont le renom ne cessait de croître, et, en sa qualité de patron, il ne manqua pas d'exiger de lui des œuvres expressément destinées à son instrument fétiche. On ne peut pas dire que l'ordre ait été accueilli avec beaucoup d'enthousiasme par Joseph Haydn (1732-1809), puisque son employeur se plaignit rapidement de son peu de diligence à composer « de ces pièces que l'on peut jouer sur la gamba, pièces dont jusqu'ici nous n'avons vu qu'un tout petit nombre. » (Regulatio, novembre 1765). Rappelé à ses devoirs, le compositeur va produire, entre 1765 et 1775 environ, pas moins de 126 trios pour baryton. Limité jusqu'en 1771-1772, du fait des capacités du prince, aux tonalités de ré et la majeur (avec épisodiquement un petit sol majeur), ce qui explique sans doute en partie les réticences de Haydn, ce vaste corpus va se risquer, du fait de la présence de deux virtuoses du baryton à la Cour de Nicolaus, à fréquenter d'autres tonalités, ut et fa majeur, mais aussi la et si mineur. Soucieux de la diffusion de sa musique, le compositeur va également arranger lui-même ou autoriser des transcriptions de certains de ses trios pour la formation plus classique violon, alto et violoncelle.
C'est sous cette forme que les
musiciens de Rincontro, chefs de pupitre de l'ensemble Café Zimmermann, nous en
présentent une anthologie particulièrement bienvenue et réussie. Au-delà de
leur caractère d'œuvres de commande destinées à satisfaire un employeur
exigeant, les trios pour baryton de Haydn apparaissent, en effet, comme un
laboratoire d'idées où le compositeur teste des formules compositionnelles qui
vont lui servir pour des projets plus ambitieux, comme ses quatuors. Ainsi, le
rôle actif de la basse dans l'élaboration du travail thématique, la vocation
contrastante du trio par rapport au menuet, ou les possibilités offertes par le
thème varié, considéré non comme une simple accumulation de variations mais
comme un tout cohérent, tout ceci au service d'un approfondissement de la
densité émotionnelle des œuvres, qui passent d'un style galant assez convenu
mais plein d'agrément (Hob. XI : 14 en ré majeur, c.1765-1766) à une
expression intimiste touchante (Hob. XI : 80 en sol majeur,
c.1771-1772), voire franchement pathétique (Hob. XI : 96 en si mineur
d'esthétique Sturm und Drang, c.1771-1772).
Voici une parution hautement recommandable qui, outre le fait qu'elle propose des œuvres somme toute assez peu fréquentées au disque, ravira les amateurs de musique de chambre. Espérons maintenant que l'éditeur, compte tenu des affinités naturelles que Rincontro semble entretenir avec la musique de Haydn, lui proposera de renouer au plus vite avec ce répertoire.

Joseph HAYDN (1732-1809), Trios pour Nicolaus Esterhazy :
Trios pour baryton, Hob. XI : 14, 59, 80, 85, 96, 97. Adagio en ré
majeur.
RINCONTRO (Pablo Valetti, violon,
Patricia Gagnon, alto, Petr Skalka, violoncelle)
1 CD Alpha 128.
Extraits proposés :
En tête du billet :
Trio en en sol majeur, Hob. XI : 80 :
[I] Moderato.
Dans le corps du billet :
Trio en ré majeur, Hob. XI : 14 :
[II] Allegro di molto.
Ci-dessous :
Trio en si mineur, Hob. XI : 96 :
[I] Largo.
Adagio en ré majeur.




