Mardi 26 Aout 2008
Pastorale tragique
Par jardinbaroque, Mardi 26 Aout 2008 à 17:47 GMT+2 dans Les pas perdus

Arthur ILLIES (1870-1952),
Le champ de blés mûrs, soir,
1896.
Eau-forte colorée, Birmingham,
The Barber Institute of Fine Arts.
Les lecteurs qui me font l'honneur de visiter ce site et de m'encourager à poursuivre n'ignorent pas que je voue à la musique britannique du XXe siècle une affection particulière, dont je n'ai d'ailleurs jamais réussi à expliquer vraiment les raisons. Le premier compositeur à m'avoir fait entrer dans cet univers est Ralph Vaughan Williams. Je saisis le prétexte du cinquantième anniversaire de sa mort, le 26 août 1958, pour en dire aujourd'hui deux mots et vous faire entendre un peu de sa musique.

Le legs musical de Vaughan Williams est conséquent, tant en quantité qu'en qualité, et il n'est pas de genre musical qu'il n'ait abordé. Aux côtés de sa musique de chambre, de ses oratorios, de sa messe, de ses opéras et de ses musiques de film, c'est tout d'abord sur le massif de ses neuf symphonies, composées entre 1910 et 1957 que s'arrête le regard. Même si, pour des raisons qui n'ont pas grand chose à voir avec l'art et sur lesquelles il est préférable de ne pas s'appesantir, ces symphonies sont scandaleusement méconnues en France, elles n'en demeurent pas moins une somme incontournable et un des achèvements majeurs, au même titre, par exemple, que celles de Sibelius, du genre dans la première moitié du XXe siècle. Qu'il s'agisse du lyrisme proprement océanique de la première (A Sea Symphony, sur des textes de Walt Whitman), du pittoresque de la deuxième (A London Symphony, 1913), du recueillement de la troisième (Pastoral Symphony, 1921), des déchirements des quatrième (fa mineur, 1931-34), cinquième (ré majeur, 1938-43) et sixième (mi mineur, 1946-47), du souffle épique de la septième (Sinfonia Antartica, 1949-1952), de la fausse détente de la huitième (ré mineur, 1953-55) ou de l'envolée quasi cosmique de la neuvième (mi mineur, 1956-57), cet ensemble s'impose comme une suite sans faille de chefs d'œuvres, qui demande beaucoup de finesse et de sensibilité pour lui rendre pleinement justice. Certains chefs d'orchestre se sont d'ailleurs superbement enlisés dans l'interprétation de ces œuvres qu'ils n'ont pas abordées avec l'humilité suffisante pour en saisir toute la subtilité.

On a souvent affublé la musique de Vaughan Williams de l'épithète de pastorale, ce qui, sans être faux, est loin de rendre compte de la richesse de l'univers du compositeur. En effet, si, à l'instar de nombre de ses compatriotes musiciens (Delius, Moeran, Finzi, entre autres), il a indubitablement fait preuve d'un penchant affirmé pour une tendresse et une légèreté agrestes dans l'usage des textures et des coloris, Vaughan Williams est aussi un homme que les deux guerres mondiales qu'il a vécues, l'une en acteur (il était ambulancier de campagne en France durant la première), l'autre en spectateur, ont profondément marqué, au point de changer la face de sa musique. Il y a, à mes yeux, dès l'élégiaque Pastoral Symphony, un désenchantement parfois sourd, parfois cinglant (la gifle que constitue la Quatrième Symphonie), qui sinue dans une très large part de ses compositions et dont il ne se défera jamais, même si sa musique, d'un indéniable pouvoir expressif, est souvent lyrique et parfois aussi d'un humour savamment décalé voire grinçant, tout ceci en gardant néanmoins cette noblesse de ton qu'Elgar a pour ainsi dire formalisée outre-Manche.
Beaucoup plus complexe que ce qu'une approche superficielle laisserait supposer, l'œuvre de Vaughan Williams puise aux sources du folklore, de la musique de la Renaissance, mais aussi de certains de ses contemporains comme son maître Ravel ou Sibelius qu'il admirait au point de lui dédier sa Cinquième symphonie. Elle révèle un tempérament aussi passionné que foncièrement inquiet, voire quelquefois pessimiste, ainsi qu'une véritable générosité, comme celle qui le poussait à composer pour des chœurs et orchestres amateurs et à soutenir certains jeunes collègues qu'il jugeait prometteurs, tel Britten. Devant l'impossibilité de choisir un mouvement de symphonie qui me plairait plus qu'un autre, j'ai décidé de vous faire entendre la Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis, créée en la cathédrale de Gloucester le 6 septembre 1910 et premier grand succès de Vaughan Williams. Bonne écoute.
Ralph VAUGHAN WILLIAMS (1872-1958) : Fantasia on a theme by Thomas Tallis.
London Philharmonic Orchestra.
Sir Adrian BOULT, direction.
NB : la Fantaisie durant un peu plus de 16 minutes, le taux de compression adopté pour le fichier musical est un peu plus élevé qu'à l'ordinaire. Je vous prie de bien vouloir excuser l'inconfort d'écoute éventuellement occasionné.
Symphonies (intégrale), Œuvres
orchestrales. 8 CD EMI 5 73924 2.




