Jeudi 20 Mars 2008
Enfin
Par jardinbaroque, Jeudi 20 Mars 2008 à 18:32 GMT+2 dans Le monde, de ma fenêtre

Charles DESAINS (1789-c.1843),
Femme asphyxiée, 1822.
Huile sur toile, Lille, Palais
des Beaux Arts.
Madame,
Lorsqu'il y a quelques semaines, votre visage déformé par la maladie qui vous rongeait est apparu sur l'écran des téléviseurs, précédé du conseil d'un présentateur de journal aux dents éclatantes de blancheur invitant à écarter les âmes sensibles du terrible spectacle des souffrances qui constituent pourtant, au même titre que les joies les plus sautillantes, la trame de ce que nous nommons « vie », comme beaucoup, je crois, j'ai été saisi. Pas d'effroi, ni de dégoût, mais de pitié, si l'on veut bien enlever à ce mot tout ce qu'il peut avoir de mièvrement sulpicien, puis d'admiration pour votre lucidité et le courage que vous avez eu de montrer une face disgraciée à un monde qui a fait du lisse le parangon de l'acceptable.

J'ai été plus naïf que vous, Madame, je l'avoue. J'espérais, de la part du pouvoir, un sursaut de compréhension, et, pour tout dire, d'humanité. Je rêvais secrètement que, telle Proserpine fléchissant les rigueurs de l'inflexible Pluton, l'italienne au doux visage plaiderait votre cause auprès de son époux. Mais rien. Par un singulier retournement, les Enfers se sont transportés en l'Élysée, et l'on s'y soucie plus de tenter d'y rétablir un semblant de respectabilité, d'aventure écornée par une fumeuse histoire de SMS qui n'émeut guère que les journalistes en mal de scoops et un microcosme boursouflé de parisianisme autosatisfait. La belle transalpine a préféré prendre la plume pour défendre, assez médiocrement, un mari qui a rigoureusement tout mis en œuvre pour que s'abattent sur lui les tourmentes médiatiques, et qui ose maintenant s'en plaindre ; laissons donc une plume si vaine être emportée par le vent du ridicule. La première dame de l'humanitaire ne sera pas celle de la simple humanité.
Dormez bien, Madame. Votre combat et votre histoire vous survivent. Ils ont ému tout un pays, montré l'aveuglement et la petitesse des « grands » qui le dirigent, ainsi que le peu de réalité de leur compassion. Vous qui, comme tout être humain, avez été seule au moment du grand saut, j'espère que là où vous êtes maintenant vous pouvez sentir l'affection réelle de tous les petits que nous sommes et qu'elle vous fait cortège vers le royaume où toute souffrance est définitivement abolie. N'en déplaise à certains qui n'ont de chrétiens que le nom, vous l'avez bien gagné, votre Paradis.
Gabriel FAURÉ (1845-1924),
Messe de Requiem, opus 48 (version 1893) :
In
Paradisum (chœur).
La
Chapelle Royale. Les Petits Chanteurs de Saint-Louis.
Ensemble Musique Oblique.
Philippe HERREWEGHE, direction.
G. FAURÉ : Requiem, G. FAURÉ & A.
MESSAGER : Messe des Pêcheurs de Villerville. 1 CD Harmonia Mundi
HMC 901292.




