Dimanche 26 Novembre 2006
Jeanne, derniers secrets ?
Par jardinbaroque, Dimanche 26 Novembre 2006 à 19:31 GMT+2 dans Le monde, de ma fenêtre
On n’arrête pas le progrès. Depuis le 13 février 2006, une équipe de 18 chercheurs, conduite par le Dr. Philippe Charlier, paléopathologiste au service de médecine légale de l’hôpital de Garches (92), mène un travail pointu d’analyses croisées pour tenter de déterminer si les restes conservés au musée des amis du Vieux-Chinon (37) sont bien ceux de Jeanne d’Arc.
Remontons un peu le temps. Matinée du 30 mai 1431, Jeanne d’Arc, 19 ans, capturée par Jean de Luxembourg, mercenaire au service du duc de Bourgogne, le 23 mai 1430, vendue aux Anglais pour 10 000 livres, et soumise à un procès serré, mais joué d’avance, depuis 9 janvier 1431, est brûlée vive comme hérétique et relapse, sur la place du Vieux Marché de Rouen. Les chroniques nous apprennent qu’elle n’a pas été exécutée en une, mais en trois fois. Dans un premier temps, elle est intoxiquée par les vapeurs et en meurt, sa robe seule étant brûlée. On rajoute alors de la paille près de son corps, dont les liens se défont, qui bascule dans le brasier et se consume. Mais, après un long temps, le bourreau constate que cœur et entrailles refusent de se brûler, en dépit des charbons, de l’huile et du soufre qu’il rajoute dessus. Paniqué, il en rend compte à ses supérieurs, qui lui ordonnent de rassembler tout ce qui reste du cadavre et de le jeter dans la Seine, ce qu’il fait. Fin de l’histoire officielle.
En 1867, a lieu la découverte d’un bocal d’apothicaire, contenant quelques ossements noircis, des morceaux de bois et de tissu, revêtu de l’inscription suivante : « Restes trouvés/sous le bûcher de/Jeanne d’Arc/pucelle d’Orléans ». Ce bocal sera ouvert et examiné en 1892, son contenu sera séparé en plusieurs bocaux en 1909 et en 1974, mais jamais analysé de façon indiscutable. Faut-il imaginer qu’un quidam ait été assez téméraire, peu après le supplice, pour aller récupérer sous le socle d’un bûcher que les enjeux politiques du moment avaient placé sous bonne garde, tout ce qui pouvait rester de Jeanne d’Arc ? C’est ce que l’on devrait savoir dans quelques semaines, lorsque l’équipe réunie autour de Philippe Charlier, qui s’est illustré en authentifiant de façon formelle les restes d’Agnès Sorel (c.1425-1450), favorite de Charles VII, et en déterminant qu’elle était morte d’une intoxication (intentionnelle ?) au mercure, aura fait connaître le verdict des mesures scientifiques.
Une côte recouverte d’un enduit noirâtre de nature indéterminée (matières organiques fondues au sein du bûcher ?), un fémur de chat (il n’était pas rare que ces animaux, censés être des émissaires du Diable, soient jetés dans les flammes du bûcher pour le conjurer), des fragments de bois et de tissu, voici qui semble maigre pour tenter une authentification certaine. Cependant, grâce au carbone 14 et aux analyses ADN, on pourra au moins affirmer que, comme le dit Philippe Charlier, « ce sont les restes d'une jeune femme qui est morte en Normandie, dans la première moitié du XVe siècle et qui a été brûlée trois fois de suite le même jour », soit un faisceau de présomptions concordantes plaidant en faveur d’une attribution très probable de ces restes à la Pucelle d’Orléans.
En attendant de connaître le dénouement de cette énigme, le curieux pourra se reporter avec beaucoup de fruit au remarquable ouvrage Médecin des morts que vient de faire paraître Philippe Charlier aux éditions Fayard. Au travers de courts chapitres, le paléopathologiste raconte ses recherches et les conclusions auxquelles il a pu aboutir en examinant les restes de personnages célèbres, comme Agnès Sorel, ou d’inconnus, comme ces ossements contenus dans un vase grec du Louvre. Visiblement, les morts ont de nombreuses choses à nous raconter.




