Lundi 15 Janvier 2007
Au bilan, c'est brillant
Par jardinbaroque, Lundi 15 Janvier 2007 à 19:31 GMT+2 dans Le monde, de ma fenêtre
L’inquiétude vient de la prédominance, au sein de ce classement, des compilations et des produits cross-over, ces derniers mélangeant, pas toujours avec bonheur, classique et musiques venant d’autres horizons, qui représentent à eux seuls 65% des vingt meilleures ventes. Le grand gagnant, dont on a, du coup, quelque réticence à compatir aux récents déboires à la Scala, est Roberto Alagna, dont trois albums figurent à ce palmarès, et qui fait donc mieux que l’hélas indéboulonnable André Rieu, qui doit se contenter de deux albums seulement. Mais au-delà des interprètes, ce sont bel et bien les majors du disque qui se frottent les mains, puisque ce sont elles qui éditent la quasi-totalité de ces produits, peu coûteux à la production si ce n’est en frais de marketing, et, de ce fait, rapidement rentables. Indubitablement, cette prépondérance marque le net recul de la volonté de découvrir de nouveaux répertoires, puisque les compilations exploitent généralement des œuvres connues et n’apportent donc pas grand’ chose de neuf. Il est, en outre, relativement désespérant de constater que le seul enregistrement consacré à une œuvre complète, et non à des extraits, figurant dans les dix premières ventes n’est autre que la médiocre version, passablement triturée, du Requiem de Mozart dirigée par Jean-Claude Malgoire (chez K.617), lancée à grand renfort de publicité. Ne vilipendons cependant pas trop les grosses firmes discographiques, qui ne font que suivre le goût de plus en plus marqué d’une large part du public pour le zapping ou la facilité (le classique, c’est ringard et ça fait peur). Elles auraient tort de se priver d’un marché visiblement juteux.
Les quelques raisons d’espérer viennent de la très bonne place occupée par les coffrets publiés par le label Brilliant Classics, dont le principe est simple : proposer l’intégrale de l’œuvre d’un compositeur dans des interprétations de bon niveau, à un prix modique. Célébrations obligent, le coffret Mozart, pourtant vilipendé par certains professionnels lors de sa sortie fin 2005, s’est vendu à ce jour à 200000 exemplaires. Le coffret Bach, édité selon les mêmes errements fin août 2006, atteint déjà les 70000 copies : une performance, en si peu de temps. Si le mélomane exigeant pourra toujours arguer que ce type de projet souffre inévitablement de l’inégalité des enregistrements proposés et ne se concentre que sur des compositeurs reconnus, ce qui est pleinement exact, force est de constater que la réussite de Brilliant Classics et de sa politique de prix cassés est un sévère camouflet aux éditeurs qui prônent encore la cherté du disque classique. On cherchera en vain, à ce propos, les productions du label Harmonia Mundi en tête de liste, en dehors du CD de Malgoire cité ci-dessus (et encore n’apparaît-il ici qu’en tant que distributeur du label K.617) et de l’album consacré par Alexandre Tharaud aux Valses de Chopin, répertoire ressassé s’il en est. Il est, enfin, notable que les labels indépendants qui ont vu leur politique éditoriale mollir – Alpha ou Zig-zag territoires – ne tirent guère leur épingle du jeu dans ce classement, pas plus que Naïve, hors compilations, dont l’Edition Vivaldi donne des signes de faiblesse préoccupants (le volume à paraître ce mois-ci est, par exemple, une réédition augmentée d’un disque moyen enregistré il y a 10 ans).
A l’heure des comptes, il semble bien que le disque classique, s’il veut assurer sa pérennité, ne va avoir d’autres choix que s’adapter aux lois du marché en baissant ses prix sur les œuvres les plus connues ou proposer une offre radicalement différente de celles des majors, par l’exploration de répertoires peu fréquentés. Brilliant Classics prouve, par sa réussite, que la première option fonctionne. Mais l’exemple d’une politique intelligente demeure illustrée par le label allemand CPO, scandaleusement mal distribué en France en termes de prix comme de visibilité, qui propose pour des prix tout à fait raisonnables (une dizaine d’euros en moyenne…sur Internet) un répertoire le plus souvent rare dans des interprétations de qualité. Une démarche à méditer pour que 2007 soit l’année d’un nouveau souffle , et non de celle d’un enlisement annoncé.




