Mardi 29 Mai 2007
De vous à moi
Par jardinbaroque, Mardi 29 Mai 2007 à 19:05 GMT+2 dans Intimités

Les lecteurs attentifs que vous êtes auront sans doute
remarqué qu'un certain nombre de billets récents publiés ici proposent des
incursions musicales hors du domaine dédié de ce blog, à savoir l'art de la
Renaissance et du Baroque. Je vous dois quelques explications.
Ce parcours est plutôt atypique. Les amateurs de cette musique qu'on dit « classique » commencent généralement par ce qui est « grand » : « grand » répertoire, « grands » orchestres, « grands » chefs avant d'aborder, par quelque chemin de traverse, en terre baroque. J'ai fait le chemin à l'envers, et tout un pan de l'essentiel du répertoire le plus souvent interprété - la musique du XIXe et de la première moitié du XXe siècles - est venu après la découverte de la musique ancienne. Si je confesse un goût modéré pour Beethoven et quasi inexistant pour Wagner en dépit d'une science de l'orchestre qui me laisse abasourdi, je n'envisage guère, en revanche, de me passer de Schubert, de Fauré, de Sibelius ou de Vaughan Williams. J'ai estimé qu'il était temps de leur laisser, à eux et à leurs contemporains, une place ici.
Comment ai-je pris cette décision ? Parce que je me
suis rendu compte - ce que je savais déjà - que je suis un imbécile, plein de
préjugés parfaitement ineptes. A force d'ériger le musicologiquement correct en
ligne de conduite, je me suis éloigné de tout un pan du répertoire, qui,
pourtant, a beaucoup à nous dire et à nous apprendre. Je dois à Karl Richter
d'avoir surmonté cet obstacle, et je lui en rends grâces. Qui est ce Herr
Richter ? Un chef allemand, qui, dans les années 1960-1970, dirigeait Bach
sur instruments modernes, et le faisait avec une intelligence stupéfiante. J'ai
découvert une partie de son legs discographique il y a un mois environ, lors
des écoutes comparées destinées à une future tribune. Certes, on a fait,
depuis, plus léger et plus « authentique » dans
l'instrumentarium ; je ne vais pas jeter au feu les versions
« historiquement informées » que j'aime toujours, et je demeure incapable
de prendre du plaisir en écoutant Bach père interprété au piano (oui, même par
Glenn Gould). Cependant, je ne suis pas
persuadé que les fabuleux moyens que peuvent actuellement déployer les
ensembles jouant sur « instruments d'époque » soient forcément un
gage de respect de l'esprit des œuvres, et donc du compositeur. Écoutez ce qu'a
fait la pourtant très cotée Emmanuelle Haïm du Combattimento de
Monteverdi, réalisation inexplicablement saluée par une partie de la critique,
et vous comprendrez ce que je veux dire. Je suis sans doute un idiot, mais je
ne crois pas que la musique du Seicento italien s'interprète comme du
Rossini ; à tout prendre, je préfère écouter Angelo Ephrikian dans les
années 1960, car si la forme était perfectible, l'esprit, lui, était là.
Musique :
Franz SCHUBERT
(1797-1828) :
An die Musik, Lied opus 88 n°4, D.547 n°4 (1817).
Transcription pour violoncelle et piano.
Anne GASTINEL, violoncelle - Claire DÉSERT, piano.
Extrait de :
Sonate pour arpeggione et piano, Sonatine, transcriptions de Lieder
pour violoncelle et piano. 1CD Naïve V5021.




