jardinbaroque

De vous à moi





Les lecteurs attentifs que vous êtes auront sans doute remarqué qu'un certain nombre de billets récents publiés ici proposent des incursions musicales hors du domaine dédié de ce blog, à savoir l'art de la Renaissance et du Baroque. Je vous dois quelques explications.

Ceux d'entre vous qui auraient lu (entre les lignes) le billet construit autour de l'Orfeo de Monteverdi savent que l'auteur de ces lignes écoute de la musique ancienne et baroque depuis presque 25 ans. Enfant de Gardiner, de Savall, de Leonhardt et de Goebel, il a grandi avec, dans les oreilles, le son des instruments dits « anciens », l'habitude d'un diapason à 415 Hz plutôt qu'à 442, etc. Plus clavecin que piano, plus flûte en bois qu'en métal, plus cordes en boyau qu'en acier ; en bref, un parfait petit baroqueux.

Ce parcours est plutôt atypique. Les amateurs de cette musique qu'on dit « classique » commencent généralement par ce qui est « grand » : « grand » répertoire, « grands » orchestres, « grands » chefs avant d'aborder, par quelque chemin de traverse, en terre baroque. J'ai fait le chemin à l'envers, et tout un pan de l'essentiel du répertoire le plus souvent interprété - la musique du XIXe et de la première moitié du XXe siècles - est venu après la découverte de la musique ancienne. Si je confesse un goût modéré pour Beethoven et quasi inexistant pour Wagner en dépit d'une science de l'orchestre qui me laisse abasourdi, je n'envisage guère, en revanche, de me passer de Schubert, de Fauré, de Sibelius ou de Vaughan Williams. J'ai estimé qu'il était temps de leur laisser, à eux et à leurs contemporains, une place ici.

Comment ai-je pris cette décision ? Parce que je me suis rendu compte - ce que je savais déjà - que je suis un imbécile, plein de préjugés parfaitement ineptes. A force d'ériger le musicologiquement correct en ligne de conduite, je me suis éloigné de tout un pan du répertoire, qui, pourtant, a beaucoup à nous dire et à nous apprendre. Je dois à Karl Richter d'avoir surmonté cet obstacle, et je lui en rends grâces. Qui est ce Herr Richter ? Un chef allemand, qui, dans les années 1960-1970, dirigeait Bach sur instruments modernes, et le faisait avec une intelligence stupéfiante. J'ai découvert une partie de son legs discographique il y a un mois environ, lors des écoutes comparées destinées à une future tribune. Certes, on a fait, depuis, plus léger et plus « authentique » dans l'instrumentarium ; je ne vais pas jeter au feu les versions « historiquement informées » que j'aime toujours, et je demeure incapable de prendre du plaisir en écoutant Bach père interprété au piano (oui, même par Glenn Gould).  Cependant, je ne suis pas persuadé que les fabuleux moyens que peuvent actuellement déployer les ensembles jouant sur « instruments d'époque » soient forcément un gage de respect de l'esprit des œuvres, et donc du compositeur. Écoutez ce qu'a fait la pourtant très cotée Emmanuelle Haïm du Combattimento de Monteverdi, réalisation inexplicablement saluée par une partie de la critique, et vous comprendrez ce que je veux dire. Je suis sans doute un idiot, mais je ne crois pas que la musique du Seicento italien s'interprète comme du Rossini ; à tout prendre, je préfère écouter Angelo Ephrikian dans les années 1960, car si la forme était perfectible, l'esprit, lui, était là.

C'est dans cette logique que je souhaite poursuivre l'ouverture qui s'est dessinée peu à peu ces dernières semaines, avec l'apparition, entre autres, de Saint-Saëns, de Bridge, d'Adams ou de Schubert. Jardinbaroque ne va pas, pour autant, devenir Jardinromantique ou Jardinjenesaisquoi, mais, sans rien renier de ses origines, il conduira également ceux qui voudront bien emprunter ses allées vers des territoires qui, j'en suis convaincu, méritent qu'on s'y attarde. Saviez-vous que Gounod, celui de l'Ave Maria, avait composé des symphonies de toute beauté ? Connaissez-vous Ropartz ? Lekeu ? Imaginez vous l'extraordinaire richesse de la musique britannique des 50 premières années du XXe siècle ? Aux côtés de ceux des Lassus, Cavalli, Bach père et fils, de nouveaux visages se profilent. J'espère que vous aurez plaisir, si le cœur vous en dit, à les accueillir. A un moment où certains prétendent cristalliser le débat sur des questions étroites d'identité nationale, il est peut-être temps de réaffirmer, même à un très modeste niveau, l'universalité de la culture, et d'ouvrir le plus largement possible nos fenêtres sur l'héritage artistique dont nous nous devons d'être plus que les gardiens : les zélateurs.

 

Musique :

Franz SCHUBERT (1797-1828) :
An die Musik, Lied opus 88 n°4, D.547 n°4 (1817).
Transcription pour violoncelle et piano.

Anne GASTINEL, violoncelle - Claire DÉSERT, piano.

Extrait de :
Sonate pour arpeggione et piano, Sonatine, transcriptions de Lieder pour violoncelle et piano. 1CD Naïve V5021.

 

8 commentaires - aucun rétrolien

Page précédente | 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 | Page suivante