Mardi 25 Juillet 2006
Les irrésolus
Par jardinbaroque, Mardi 25 Juillet 2006 à 20:59 GMT+2 dans Intimités
Hésiter sans arrêt, ne pas bouger d'un pouce, n'avoir jamais d'avis, préférer différer : en chacun de nous serpente une paralysie potentielle.S'abstenir et attendre lorsqu'une situation l'exige, parce qu'elle n'est pas mûre et qu'on manque de recul, est sans doute une vraie preuve de sagesse, mais ne jamais rien décider, sous prétexte qu'on ne sera jamais sûr de quoi que ce soit, est également le signe d'un aveuglement certain. Car en dehors du fait que l'on respire au moment où on a conscience de le faire, est-on jamais sûr de quoi que ce soit? On ne sait pas si ce flux et ce reflux de l'air dans nos poumons se poursuivra dans les secondes suivantes, dont on n'est même pas certain qu'elles arriveront. Cette peur que nous avons de perdre ce que nous considérons stupidement comme acquis -nos biens, notre confort, nos certitudes-, cette défiance envers l'autre qui nous anime et qui n'est bien souvent due qu'à notre crainte non avouée de le voir prendre l'ascendant sur nous ou à notre entêtement à ne pas tenter de le comprendre, cette inquiétude qui naît chaque fois que nous voudrions nous permettre d'être enfin nous-mêmes, tous ces éléments sont le terreau où croissent et fleurissent nos hésitations.
Quand donc cesserons-nous d'avoir peur? Quand nous aurons pris conscience que rien de matériel ici-bas n'est réellement à nous, puisque tout peut nous être retiré en un instant, quand nous aurons appris à nous déprendre de toute dépendance vis-à-vis de l'autre, et, par là même, abandonné l'acharnement que nous mettons à lui plaire, y compris en nous muselant nous-mêmes, quand nous regarderons enfin l'autre pour ce qu'il est vraiment, sans en faire le réceptacle méprisé d'angoisses et de désirs qui ne sont que nôtres et nous font honte.
Alors, ne dis pas que tu ne sais pas. Dis plutôt que tu as peur, que le courage n'est pas ton fort, que l'inconfort t'incommode, que tu n'aimes pas suffisamment pour faire confiance ou rendre libre, que prendre de la hauteur te donne le vertige, que seul ton petit ego t'intéresse.
Ne dis pas que tu ne sais pas : dis plutôt que tu te résignes à ne pas vivre.




