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Les rencontres

Chacun de nous, lorsqu’il prend le temps de s’arrêter un instant et de réfléchir sur sa vie, prend immanquablement conscience qu’il y a toujours une ou plusieurs rencontres déterminantes qui en ont changé le cours, radicalement ou non. A quoi ressembleraient d’ailleurs nos existences sans ces moments privilégiés où deux chemins a priori parallèles obliquent insensiblement l’un vers l’autre et finissent par ne plus faire qu’un ? Sans doute à des déserts. TITRE_IMAGE
Le hasard des rencontres n’existe pas. Ou, plus précisément, il n’existe, par défaut, que durant le laps de temps qui nous est nécessaire pour réaliser que nos rencontres ne lui doivent rien. Qu’on l’admette ou pas – le fait d’être d’accord ou non avec quelque chose ne l’empêchera jamais d’exister – nous sommes tous mus par des forces qui nous dépassent. Qu’on les nomme « inconscient », « instinct », « destin » ou « Dieu » n’y change rien. Ces mots ne sont que des étiquettes, sans intérêt comme elles le sont toutes, qui matérialisent maladroitement que quelque chose de nous-mêmes s’obstine à nous échapper et à demeurer obscur, et que ce quelque chose ne nous conduit pas moins sûrement là où nous devons aller. Les rencontres que nous faisons sont des balises, des petits cailloux blancs qui doivent nous permettre de retrouver notre chemin dans la forêt potentiellement hostile de l’existence. Elles surviennent à leur heure, issues d’un temps qui nous échappe. Peu importe ce que nous décidons d’en faire lorsqu’elles adviennent. Qu’on les fasse vivre ou qu’on les ignore, quelque chose en nous en sera durablement, voire irrémédiablement, modifié. Quelquefois, on apprend même plus de ce qu’on a laissé s’envoler que de ce que l’on vit lorsque, la relation établie, on a tendance à oublier un peu vite le bonheur qu’on a de pouvoir la vivre : lorsqu’on a choisi (on choisit toujours, même quand on n’a pas conscience de le faire) de ne pas donner suite à une rencontre, car trop aveugles pour sentir, même confusément, qu’elle pouvait se révéler cruciale, et que cette erreur apparaît clairement à nos yeux, l’étendue du gâchis dont nous avons été l’auteur nous fait chanceler. Les plus sages ouvrent alors et leurs yeux et leur cœur ; les autres espèrent une autre chance. Tous deux ignorent que la vie ne repasse pas forcément les plats.

Mais lorsqu’on a le bonheur d’avoir fait une rencontre et qu’on a su reconnaître, par l’élévation qu’elle nous apporte, par le travail qu’elle nous oblige à entreprendre sur nous-mêmes, par les questions qu’elle nous fait nous poser, par le bien-être qu’elle finit par nous procurer, qu’elle était porteuse d’éveil, et qu’on décide de la prolonger, de la nourrir, d’en tirer tout le suc en la vivant pleinement, on peut, à bon droit, s’estimer comblé et chanceux. C’est une chance qui ne doit rien au hasard, mais à notre capacité à voir vraiment les choses, à jauger leur exacte valeur, à accorder notre confiance à l’autre qui nous construit quand tant se sont acharnés et s’acharneront encore à nous détruire. Cette chance est celle que nous avons d’être nés libres et d’avoir su entretenir une volonté farouche de ne pas nous laisser enfermer et abêtir par des conditionnements extérieurs à ce que nous sommes vraiment. Cette liberté prend tout son sens dans le frémissement de possibles qui entoure chaque rencontre. Elle nous laisse le choix de devenir, par notre seul vouloir, les artisans ou de notre bonheur ou de notre déchéance.

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