Mardi 20 Mai 2008
L'embellie
Par jardinbaroque, Mardi 20 Mai 2008 à 20:12 GMT+2 dans Intimités

Caspar David FRIEDRICH (1774-1840),
Sépia et crayon, Saint Petersbourg, Musée de l'Ermitage.
Entre deux moments du temps, un sourire. Il y a là, dedans, quelque chose qui tremble un peu, espoir et crainte. Un courant d'air ténu qui caresse les feuilles de l'arbre de la vie. Un scintillement de possibles qui danse sur un horizon à la fois tangible et lointain. Laisser se poursuivre le grand nettoyage de printemps, ce que les philosophes orientaux appellent « curage de la mare ». Tout d'abord mesurer l'épaisseur de la gangue de vase qui immobilise le mouvement, la prendre ensuite à poignées pour la sentir exactement quitte à en avoir des haut-le-cœur tant, quelquefois, le passé pue, puis, enfin, la rejeter au loin, fardeau inutile, souffrance sans objet. L'ancien monde s'agite encore mais ses soubresauts sont ceux d'un poisson agonisant hors du fleuve.
« As-tu remarqué, comme, jour après jour, l'eau et l'air deviennent plus limpides ? Si tu le souhaites, tu peux même y étancher ta soif. Réalises-tu à quel point, même si l'attente t'a paru interminable, l'aube qui s'annonce peut être radieuse ? Aperçois-tu, là-bas, ce sentier qui monte au travers des forêts et dont les premiers mètres sont déjà une promesse ? Que peut-il, bien y avoir là haut, dans la lumière aveuglante des éternelles neiges ? Va le découvrir par toi-même. Il y a des moments qu'il faut saisir, et celui-ci est peut-être le tien. Tu ne seras pas seul dans ton ascension si tu as su choisir un bon compagnon. Des orages vous attendent peut-être, mais si vous cheminez avec la foi en votre but ancrée au plus profond de vous, vous atteindrez votre but. »
Ne jamais cesser de naître à soi pour pouvoir naître à l'Autre, comprendre que le plus exaltant et le plus difficile des chemins est celui qui nous conduit à lui, qu'il y a dans ce défi quelque chose qui nous reconduit à notre propre origine, la nudité. L'Autre, pas pour ce que nous voulons qu'il soit, pas pour les ombres du passé projetées sur lui, mais pour ce qu'il est, avec les fêlures de son âme et la robustesse de ses épaules. L'accueillir, bras et cœur ouverts. Nul ne connaît la fin de l'histoire. À chacun de la rêver selon son cœur. Aux plus insensés, aux plus courageux d'oser simplement la vivre.
Duffy, Rockferry. Chanson écrite et composée par Duffy et Bernard Butler,
extraite de l'album Rockferry. 1 CD
A&M records 176 297-5.




