Jeudi 23 Novembre 2006
Sanctuaire de papiers
Par jardinbaroque, Jeudi 23 Novembre 2006 à 21:08 GMT+2 dans Hors les murs

Il a fallu braver la pluie, le vent, la fraîcheur, et une glissade en sortie de voie rapide pour arriver, un dimanche de novembre, dans le petit village de Fontenoy-la-Joûte. Encore un village ? Oui. Celui-ci offre au moins deux intérêts, qui n’ont, cette fois-ci rien à voir avec la peinture.
Voici un village du livre, qui réunit une vingtaine de bouquinistes et deux artisans du livre, une sorte de fabuleuse bibliothèque en plein milieu des champs, un endroit où il y a plus de bouquins que d’habitants (800000 ouvrages contre 280 âmes, victoire par KO).Mais avant de devenir, le 28 avril 1996, un repaire de pages imprimées, Fontenoy-la-Joûte a eu une histoire. Celle-ci commence au XIIe siècle, qui voit ce gros bourg né du défrichement s’établir à la croisée de chemins qui desservaient les champs. Les maisons actuelles sont apparues à partir du XVIIIe siècle autour de ce Y renversé, et elles s’égrènent à flanc de coteau jusqu’à la Chapelle Saint Pierre, qui est, justement le second attrait des lieux.
Erigé au sommet de la côte Saint-Pierre, première cuesta [forme du relief dissymétrique constituée d’un coté par un talus à profil concave (le front), en pente raide et, de l’autre, par un plateau doucement incliné en sens inverse (le revers)] du Bassin parisien, ce petit édifice est attesté dès 1120 dans la charte de l’abbaye de Senones, située à une trentaine de kilomètres au sud-est de Fontenoy-la-Joûte. Il serait, en fait, le chœur de l’ancienne église reconstruite au XIIIe siècle, époque dont datent le linteau trilobé au-dessus de la porte d'entrée avec sa croix pattée gravée et la petite fenêtre.
La porte rétive poussée, l’intérieur de l’édifice est assez nu, si ce n’est l’autel, orné d’une statue assez naïve de Saint Pierre, qui cadre parfaitement avec la simplicité rustique des lieux. Il y règne cependant une certaine qualité de silence, qui, elle aussi, s’accorde avec l’isolement légèrement sauvage du décor.
Ressortons et retournons sous le crachin, pour lancer un dernier regard à ce site, qui marque juste la limite entre le Bassin parisien et le massif vosgien. Les bâtisseurs du Moyen-Âge ont peut-être senti cette particularité lorsqu’ils ont choisi ce lieu pour y construire leur église. Mystère, mais, après tout, pourquoi pas ?
Le temps de redescendre la côte, de repasser devant l’église, sans grande âme, elle, et nous revoici dans le village, dont le centre est marqué par un sémaphore où se mélangent des noms exotiques, tel celui de Poudlard, qui fera sourire les amateurs des aventures de certain jeune sorcier à cicatrice en forme d’éclair. Et celui-ci…
Dans cet Eden pour mordus de vieux feuillets, et en dépit des molosses dont l’aboiement rauque surprend au détour d’un rayon, on reviendra, c’est promis. Dès que le soleil lorrain aura réchauffé les pages des livres.




