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Au diapason du choeur

Ceux qui le souhaitent peuvent accompagner leur lecture d'un peu de musique...

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764) :
Grand Motet Quam dilecta (c.1716). Choeur final "Domine virtutum beatus homo".
Choeur et Orchestre des Arts Florissants - William CHRISTIE, direction.
1CD Erato 4509-96967-2.

Eglise Saint Eustache, Paris, février 2007

A deux pas du Forum des Halles, au coeur de Paris, se dresse l’église Saint Eustache. Belle bien qu’inachevée, baignée ce matin-ci d’un beau soleil d’hiver qui rehaussait la blancheur de sa pierre fraîchement nettoyée, cette nef de pierre aux dimensions de cathédrale (33,5 mètres de haut, 100 mètres de long, 43 mètres de large) est un lieu riche d’histoire et d’esprit. C’est, en quelques pas parfaitement subjectifs, une petite flânerie sans prétentions qui vous est proposée.

Eglise Saint Eustache, gravure de Mérian, c.1655

En dépit du fait que le bâtiment actuel a été construit, en majeure partie, entre 1532 et 1640, une jolie anecdote préside à la fondation de Saint Eustache : Jehan Alais, bourgeois de Paris et chef des joueurs de mystères, prêta, en 1213, une coquette somme d’argent à Philippe Auguste. Le roi, pour s’acquitter de sa dette, autorisa le bonhomme à prélever un denier sur chaque panier de poisson vendu aux Halles. Devenu riche, le bourgeois fonda, à l’emplacement de l’actuel chœur, une chapelle dédiée à Sainte Agnès pour remercier le ciel de cette fortune inattendue. En 1223, la chapelle devint église, puis église paroissiale, dédiée à Saint Eustache suite au dépôt d’une relique de ce saint par la basilique Saint Denis, en 1303. L’église connut de nombreux agrandissements : en 1265, du fait de Saint Louis, entre 1434 et 1495, grâce aux marchands du quartier des Halles, puis de 1532 à 1640. Eglise Saint Eustache, Tombeau de Colbert

En 1665, Colbert, premier marguillier de la paroisse, fit construire encore deux chapelles supplémentaires, mais qui fragilisèrent la façade, laquelle dut être abattue et ne fut partiellement reconstruite qu’à partir de 1754. Elle est toujours actuellement en l’état. Temple de l'Agriculture pendant la Révolution française, Saint Eustache devait connaître, en 1844, un important incendie, qui ravagea l'orgue, la chaire ainsi que les trois premières travées de la nef. La Commune causa des dégâts au campanile en 1871, et les combles et contreforts durent être consolidés. Ce sont les derniers grands travaux que connut l'église.

Eglise Saint Eustache, Tombeau de Colbert (détail)

Dans une chapelle de l’église se trouve, depuis 1685, le tombeau de Colbert (1619-1683), dessiné par Charles Le Brun (1619-1690) et sculpté par Antoine Coysevox (1640-1720) et Jean Baptiste Tuby (1635-1700). Bel ouvrage empreint de classicisme à la française, sobre et impressionnant comme sa destination l’exige, il présente néanmoins des figures baignées d’une pudique affliction. Le corps du ministre n’est plus dans la tombe, même si on murmure que ses jambes y sont encore, le « reste » ayant été déplacé dans les catacombes. Eglise Saint Eustache, Effigie de Pierre de Bérulle

Plus simple encore est le fragment d’un des monuments funéraires du cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629), fondateur, en 1611, de la congrégation de l’Oratoire modelée sur celle de Philippe Neri à Rome, laquelle procéda à la réforme du clergé en France au XVIIe siècle. Cette œuvre de Michel Anguier (1612-1686) appartenait à l’origine à l’église de l’Oratoire, où une partie du corps du cardinal, mort en célébrant la messe, était enterré.
Eglise Saint Eustache, chapelle latérale

Le soleil avait décidé de venir musarder dans une petite chapelle latérale pas particulièrement remarquable, et de caresser un petit diptyque tout à fait moderne, pas forcément inoubliable, mais dont les reflets dans l’atmosphère ombrée le faisaient ressembler à un gros papillon argenté assoupi sur les boiseries.
Simon Vouet, Le martyre de Saint Eustache

Avant de ressortir, le regard s’élève pour admirer un tableau de Simon Vouet (1590-1649) représentant le Martyre de Saint Eustache. Commandé par Richelieu pour le maître-autel de l’église, il était à l’origine complété dans sa partie haute par une Apothéose de Saint Eustache (maintenant à Nantes), dont la Révolution le sépara. L’art sensuel et baroque du maître y éclate, et, même si la toile pourrait être mieux mise en valeur (mais on est loin de la catastrophe de Notre Dame), c’est un festival de couleurs, point du tout déplacé dans cet édifice qui a vu défiler tant de célébrités du Grand Siècle, Richelieu et Molière pour le baptême, La Fontaine et Benserade pour les obsèques, Lully pour le mariage, qui s’offre au spectateur.
Eglise Saint Eustache, Musiciens

Notons, enfin, que Saint Eustache a toujours été considérée comme une paroisse ayant un lien particulier avec le monde des musiciens, puisque y furent inhumés Elisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1729), Charles-Hubert Gervais (1671-1744), Théobaldo di Gatti (1650-1727), et Jean-Philippe Rameau (1683-1764), même si la paroisse semble faire hélas plus de cas de la mort de la mère de Mozart, enterrée non loin de là en 1778. En guise de clin d’œil, le jour de cette visite, un office était célébré à la mémoire d’un disciple oriental d’Olivier Messiaen, et même si les quelques violons rassemblés ne brillaient pas par leur justesse, entendre de la musique en ces lieux avait quelque chose d’absolument évident.

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