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Échappée belle


Devant la cathédrale, les « Sentinelles de la Foi ».
Freiburg im Breisgau (Allemagne), janvier 2008.

Je me suis enfui. Les fêtes de fin d'année dans le rétroviseur, si tant est qu'elles aient eu une présence véritable, je me suis offert trois jours de relâche pour tenter de remonter le fil du temps. J'ai emporté dans mes bagages les messages que vous avez eu la gentillesse de laisser à la suite de Septentrions, et dont, en préambule à ces quelques lignes, je tenais à remercier chacun d'entre vous, habitués ou nouveaux venus.

Ces quelques jours m'ont conduit, comme vous le devinez, vers les terres et les musées de l'Est, avec, pour étapes, Bâle, Freibourg im Breisgau, Colmar, Strasbourg et Karlsruhe, le pivot de ce séjour étant constitué par la remarquable double exposition consacrée à Grünewald, déjà précédemment évoquée sur ce site. Je ramène de quoi partager ici nombre de découvertes, car les collections qu'il m'a été offert de visiter se sont avérées extrêmement riches, quand bien même certaines des villes qui les hébergent ne demeureront pas inoubliables. Ainsi, j'ai découvert en Bâle une cité qui, si elle peut s'enorgueillir des œuvres de Maîtres anciens, que l'on sent néanmoins reléguées un peu au second plan par les productions d'Art moderne, conservées au sein de son Kunstmuseum, ne souffre pas moins, à mes yeux, d'un frappant déficit d'âme qui engendre une certaine froideur. Difficile, dans ces rues si impersonnellement modernes, ponctuées d'établissements bancaires impeccablement tenus, d'imaginer les déambulations du vieil Érasme, installé ici en 1521 et revenu y mourir en 1536, dont la cathédrale conserve la stèle funéraire. Après cette vague, mais persistante sensation de malaise, l'allemande Freiburg a ménagé un contraste bienfaisant avec la tranquille hauteur suisse ; sa cathédrale, chaleureuse dans ses habits de Noël, ramures vertes et bougies, est un joyau, qui contient, outre un très beau Sépulcre sculpté du XIVe siècle, une merveille de retable peint par Hans Baldung (dit Grien, 1484/85-1545), hélas non accessible au moment où je m'y suis rendu. D'ailleurs, puisque nous parlons de Baldung, il a été, avec Grünewald et Sébastien Stoskopff, l'un des fidèles compagnons de ces quelques jours. Je l'ai retrouvé partout, et plus je l'approche, moins je comprends qu'un artiste de cette trempe ne soit pas, du moins de ce côté-ci du Rhin, plus reconnu et demeure plus ou moins dans l'ombre, immense il est vrai, de son maître Dürer. L'œuvre de Baldung révèle, en effet, une personnalité riche, complexe, déchirée quelquefois, étrange souvent, comme le prouve, par exemple, une série de gravures mettant en scène des chevaux, découverte à la Galerie Heitz de Strasbourg dans le cadre de l'exposition Attraits subtils (jusqu'au 9 mars 2008). J'y reviendrai.

Puisque nous sommes à Strasbourg, encore parée, elle aussi, des lumières des fêtes passées, restons-y un instant. Cette ville réserve décidément de bien belles surprises. Ainsi, la découverte du Musée historique, abrité par des bâtiments de la fin du XVIe siècle utilisés alors comme boucherie, s'est-elle révélé un moment vraiment délicieux, car faisant judicieusement se côtoyer, dans une muséographie dynamique et participative, les deux Histoires, celle, bien sûr, que l'on trouve dans les livres mais aussi celles, plus confidentielles, qui ont tissé le quotidien de ces gens du commun dont les seules traces se résument souvent à celles laissées dans les registres d'état-civil. On sent, en tout cas, grâce à un parcours intelligemment construit, battre le cœur d'une cité majeure, d'ailleurs inexplicablement écartée de la course finale à la désignation en qualité de capitale européenne de la culture 2013, rôle pour lequel sa position de carrefour de l'Europe et le dynamisme de ses institutions culturelles lui donnaient pourtant d'incontestables atouts. Espérons que ce n'est que partie remise, et que certains vieux préjugés relatifs à l'isolement ainsi qu'au caractère essentiellement germanique de la capitale alsacienne finiront par disparaître pour lui permettre de conquérir la place qu'elle devrait légitimement occuper.

La Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe, dernière étape baignée de ciel gris et d'averses a été un bonheur de tous les instants. Outre la partie allemande, supérieurement réalisée, de l'exposition Grünewald, ce musée présente des collections d'un rare intérêt pour l'amateur de peinture des Écoles du Nord. L'ensemble de « primitifs allemands » est, notamment, d'une très haute qualité, tandis que les salles consacrées à la peinture hollandaise du XVIIe siècle recèlent, elles aussi, des trésors, qu'il s'agisse de natures mortes ou de scènes de genre. Dans les semaines qui viennent, je tenterai de vous faire connaître quelques-uns de ces joyaux ; que ceux d'entre vous qui pourraient avoir la chance de se rendre en Allemagne n'hésitent pas à faire un détour pour visiter ces galeries où règne une fête constante de l'esprit et des sens.

J'espère parvenir, dans les billets à venir, à trouver les mots qui vous permettront, à vous aussi, d'éprouver un peu des joies de la découverte, et, qui sait, vous inciteront peut-être à vous faire sur place votre propre idée. Je vous souhaite, en tout cas, autant de bonheur que j'en ai eu durant cette échappée belle.


Accompagnement musical
 :

Johann Jacob WALTHER (c.1650-1717),
Aria n°14 en sol mineur, extraite du recueil
Hortulus Chelicus
(Mainz [Mayence], 1688).

Les Plaisirs du Parnasse - David PLANTIER, violon & direction.

Hortulus Chelicus (anthologie). 1 CD Zigzag territoires ZZT 060902.

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