Vendredi 9 Mai 2008
Allée des ombres
Par jardinbaroque, Vendredi 9 Mai 2008 à 21:40 GMT+2 dans En tribune

Pieter de HOOCH (1629-1684),
Réunion musicale dans une cour, 1677.
Huile sur toile, Londres,
National Gallery.
Rembrandt, Vermeer... Point n'est besoin d'être un spécialiste pour pouvoir citer quelques noms de peintres hollandais du XVIIe siècle. Tentez maintenant le même exercice avec les musiciens. C'est moins facile, non ? Pour cet avant-dernier billet du parcours baroque inauguré ici il y a quelques semaines, c'est pourtant aux Pays-Bas que je vous propose de vous rendre.

Si ses sonates et ses pièces sacrées ne manquent pas d'intérêt, notamment par leur mélange d'influences italiennes et de mélodies populaires (voir, à ce sujet, l'enregistrement de l'Ensemble Clematis, paru chez Musica Ficta, MF8006, hélas un peu inégal et desservi par une prise de son trop proche), son œuvre pour viole de gambe est révélateur de la vaste culture musicale de Hacquart et de sa capacité à opérer de fructueuses synthèses entre différents styles. Adoptant, au rebours de la pratique courante dans les Pays-Bas, les éléments de la suite tels qu'ils ont été formalisés par les clavecinistes français (Prélude ou Fantaisie suivis d'au moins quatre mouvements de danse), le compositeur choisit, dans le traitement, une manière qui relève autant de l'esthétique anglaise (diminutions) qu'allemande (liens thématiques entre les danses), tout en y mêlant des réminiscences d'airs flamands ou hollandais. Une musique de carrefours, où apparaît même parfois une théâtralité qui sent l'Italie, mais supérieurement construite, tour à tour enjouée, rêveuse, mélancolique, toujours envoûtante.
Chelys (La lyre) a paru en 1686, la même année que le Premier livre de pièces pour une ou deux violes de Marin Marais (1656-1728), mais si l'œuvre du violiste du Roi Soleil a bénéficié assez tôt d'interprétations souvent très réussies, celle de Hacquart est longtemps demeurée dans l'ombre. En 2004, Guido Balestracci, musicien remarquable, réunissait quelques amis autour de six des suites du mystérieux hollandais. Le résultat est un disque enivrant, qui rend pleinement justice au caractère et à la richesse des compositions ainsi qu'à l'originalité et à l'intelligence du compositeur. Le son est charnu, la complicité entre les interprètes absolument évidente. Tout sonne ici parfaitement juste, qu'il s'agisse de la gaîté des gigues ou de la noblesse des allemandes, dans une atmosphère dont la luminosité à la fois claire et diffuse n'est pas sans rappeler les tableaux de Vermeer. Un disque admirable, dont on regrette qu'il n'ait pas eu de suite.
Carolus HACQUART
(c.1640 ?-c.1701/1702 ?) : Chelys, suites pour viole de gambe et basse continue.
Nicola DAL MASO, violone, Rafael
BONAVITA, archiluth, Massimiliano RASCHIETTI, orgue & clavecin.
Guido BALESTRACCI, viole de gambe
& direction.
1 CD Symphonia SY 03205.
Extraits proposés :
En tête du billet :
Suite n°8 en mi mineur : Fantasia.
Ci-dessous :
Suite n°10 en la mineur : Gigue.
Suite n°11 en sol mineur : Allemande.
Amsterdam, 1683, parution du seul recueil de musique instrumentale du lübeckois David Petersen (c.1651-après 1709), compositeur qui fit toute sa carrière aux Pays-Bas et dont la trajectoire présente bien des points communs avec celle de Hacquart. Mélange d'influences allemandes et italiennes, ses sonates virtuoses pour violon, fortement marquées par l'esprit d'improvisation propre au Stylus Phantasticus, ne pâlissent pas aux côtés de celles des grands autrichiens Schmelzer (c.1623-1680) ou Biber (1644-1704). Extravagances et bizarreries, soutenues par un brio compositionnel évident, font de ces Speelstukken (Pièces à jouer) une œuvre jubilatoire et résolument à part. L'ensemble The Rare Fruits Council, mené par l'ardent violoniste Manfredo Kraemer, est ici sur ses terres et livre une interprétation à vous faire décoller de votre fauteuil.
David PETERSEN (c.1651-après
1709) : Speelstukken. The Rare
Fruits Council. Manfredo KRAEMER, violon & direction. 1 CD Astrée/Auvidis E
8615.




