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A votre avis ?

François Couperin (1668-1733) approche doucement de la cinquantaine lorsqu’il publie, en 1717, son Deuxième Livre de pièces pour clavecin. Contrairement au premier, publié quatre ans plus tôt, ce recueil possède une grande unité et un ton qui, dépassant les conventions de compositions calquées sur des mouvements de danse, se fait plus personnel, dans cette veine d’effusion particulièrement pudique qui est la marque de fabrique du compositeur.

François Couperin, gravure du XVIIIe siècle

Les livres de clavecin de François Couperin sont divisés en sections dénommées « ordres », ce qui indique que les pièces ne suivent pas la disposition traditionnelle « Allemande – Courante – Sarabande – Gigue ». Le sixième ordre, en si bémol majeur, tonalité que le compositeur utilisera rarement, offre, en cinquième position un morceau célèbre, Les baricades mistérieuses (ainsi orthographié). On a beaucoup glosé sur l’étrangeté des appellations que François Couperin donnait à ses pièces, sans pouvoir toutefois toujours deviner ce que l’artiste avait à l’esprit en intitulant ses œuvres. Pas plus qu’on ne parvient à discerner ce qui se cache derrière Le tic-toc-choc, ou Les maillotins (3e Livre, 18e ordre), ces barricades conservent tout leur mystère. On a vu dans cette pièce en forme de rondeau, écrite dans le style propre aux luthistes, obsédante dans ses répétitions comme dans ses suspensions, une des ces plaisanteries dont François Couperin était coutumier; aurait-il voulu signifier, comme l'avancent certains, que cette pièce écrite dans un style quelque peu désuet était une barricade au style baroque alors en vogue. Pourquoi pas ? On ne saura sans doute jamais, mais la beauté de cette musique, au-delà du mystère de son titre, nous parle encore.

Depuis que les règles d’interprétation de la musique ancienne et baroque ont fait un impératif de la fidélité aux instruments pour lesquels un morceau a été écrit, il se trouve assez peu de musiciens pour oser jouer François Couperin au piano, alors que ses pièces ont été composées pour le clavecin. C’est pourtant le pari que fait aujourd’hui Alexandre Tharaud, après avoir produit, il y a quelques années (2001), un album consacré à Jean-Philippe Rameau (1683-1764). Qui plus est, ce jeune artiste, à qui l’on doit des Ravel (1875-1937) de référence, assume pleinement sa démarche : jamais son piano ne singe ou ne rappelle le clavecin. Les puristes crient au scandale, ceux dont la sonorité particulière du clavecin vrille les tympans, qui ne supportent JS Bach (1685-1750) que sous les doigts de Glenn Gould respirent et louent le retour d’une certaine façon d’envisager la musique en elle-même, sans tenir compte de l’instrument sur laquelle elle est interprétée.

Et vous, chers lecteurs ? Êtes-vous thé ou café ? Fromage ou dessert ? Les deux ?
Je vous propose de découvrir ci-dessous Les baricades mistérieuses dans deux versions différentes, l’une au clavecin, sous les doigts de Christophe Rousset, l’autre au piano par Alexandre Tharaud, afin de vous forger une opinion. Je ne vous communique pas la mienne, afin de ne pas fausser le jeu. N’hésitez pas à me faire part de vos ressentis et de votre point de vue par le biais d’un commentaire.

Bonne écoute !

François COUPERIN : Les baricades mistérieuses (Vivement). Deuxième Livre des pièces de clavecin, Paris, 1717.

Couperin, Pièces de clavecin, 2e Livre Pièces de clavecin, 2e Livre (intégrale). Christophe ROUSSET, clavecin. 3CD Harmonia Mundi HMC 901447.49.


Alexandre Tharaud joue Couperin Tic toc choc, Alexandre Tharaud joue Couperin. Alexandre THARAUD, piano. 1CD Harmonia mundi HMC 901956.

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