Samedi 14 Avril 2007
Quelle berceuse ?
Par jardinbaroque, Samedi 14 Avril 2007 à 20:05 GMT+2 dans En tribune
« Mon Requiem a été composé pour rien… pour le plaisir si j’ose dire. »Œuvre célébrissime du répertoire français, le Requiem de Gabriel Fauré (1845-1924) a une genèse complexe. Il en existe, en effet, deux versions composées à une dizaine d’années d’intervalle, la seconde, publiée en 1901, étant celle qui s’impose encore de nos jours dans les salles de concert. Penchons-nous brièvement sur l’histoire de cette œuvre, dont un extrait de chacune des versions vous sera proposé, avant de laisser la parole à ceux d’entre vous qui souhaiteraient exprimer un avis ou une préférence. Vos commentaires seront les bienvenus.
Gabriel Fauré à Maurice Emmanuel.
Fauré commença à composer son Requiem avec une rapidité peu coutumière : cinq morceaux furent composés et orchestrés entre octobre 1887 et janvier 1888, puis exécutés en l’église de la Madeleine le 16 janvier 1888, lors des obsèques d’Emmanuel Lesoufaché, un célèbre architecte. Les autres parties de l’œuvre, simplement esquissées ou fragmentaires, furent complétées entre 1889 et 1891. Dans sa première mouture, le Requiem se présente comme une composition marquée d’une ferme volonté, de la part de l’auteur, de livrer une œuvre originale : « Peut-être ai-je aussi, d’instinct, cherché à sortir du convenu, voilà si longtemps que j’accompagne à l’orgue des services d’enterrements ! J’en ai par-dessus la tête. J’ai voulu faire autre chose » confiait Fauré. L’orchestration est singulière : pas de pupitres de violons (un violon solo dans le Sanctus), ni de bois, simplement des altos et des violoncelles, un orgue, une harpe et les timbales, ensemble restreint auquel le compositeur ajoutera deux cors, deux trompettes et trois trombones (dans le Libera me). L’esprit est également particulier; ici, en effet, peu ou pas de tragique, l’absence de tout dolorisme exacerbé, mais finalement une impression de douceur, certes traversée d’éclairs sombres, de cheminement résigné mais confiant vers une lumière apaisée.
L’éditeur de Fauré, Hamelle, lui conseilla, afin de pouvoir en assurer la publication dans des conditions optimales de rentabilité, de modifier cette orchestration atypique, en s’approchant au mieux de l’effectif des orchestres symphoniques de l’époque. L’idée n’enthousiasma pas le compositeur, qui tarda à rendre sa copie. En l’absence de tout manuscrit, on ne sait d’ailleurs pas qui exactement se chargea de cette adaptation pour grand orchestre. Le musicologue Jean-Michel Nectoux, à qui l’on doit, en collaboration avec Roger Delage, la restitution de la partition originale, dite « version de 1893 » ou « de la Madeleine », avance, avec une très forte probabilité d’exactitude, le nom de Roger Ducasse, élève favori de Fauré et auteur de la réduction du Requiem pour chant et piano, éditée en 1900. La version à grand orchestre, publiée en 1901, apporte des modifications importantes, destinées à donner à l’œuvre plus de masse sonore, et, par là même, une force et une grandeur plus affirmées. Outre l’addition d’importants pupitres de violons, de deux cors supplémentaires, de deux flûtes, de deux clarinettes, ainsi que de deux bassons, ces derniers destinés à renforcer les basses, l’écriture des cordes a été considérablement modifiée pour que sa dynamique puisse s’adapter pleinement non seulement au poids des ajouts instrumentaux, mais aussi à l’ampleur des salles de concert.
Et vous, chers lecteurs, quelle est la version de ce chef d’œuvre qui parle le mieux à votre cœur et à votre esprit ? Laquelle vous semble-t-elle rendre avec le plus de justesse la vision que Fauré avait de la mort, qu’il envisageait « comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà », ce qui n’est, au fond, pas très éloigné de l’idée qui animait un Johann Sebastian Bach ? A vous de vous exprimer maintenant, si vous le désirez, sur ces deux visions de Requiem qui a été appelé, dans une saisissante formule, « la berceuse de la mort ».
Gabriel FAURÉ (1845-1924) : Requiem, opus 48 : Sanctus.
Version de 1893 :
Extrait de :
Requiem (+ Messe des Pêcheurs de Villerville, co-écrite avec André Messager (1853-1929); un extrait est disponible en cliquant ici). Solistes, La Chapelle Royale, Les Petits chanteurs de Saint-Louis, Ensemble Musique Oblique – Philippe HERREWEGHE, direction. 1CD Harmonia Mundi HMC 901292.
Version de 1901 :
Extrait de :
Requiem (+ César FRANCK (1822-1890) : Symphonie en ré mineur). Solistes, La Chapelle Royale, Collegium Vocale Gent, Orchestre des Champs Élysées – Philippe HERREWEGHE, direction. 1CD Harmonia Mundi HMC 901771.




