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Allée royale


Abraham BOSSE (c.1602-1676),
Les cinq sens : l'ouie
(Le Concert), c.1635.
Huile sur toile, Tours, Musée des Beaux-Arts.

On possède peu de renseignements sur l'existence de Pierre Guédron (c.1565-c.1620). Né à Châteaudun, il entre au service du roi dès 1600, en qualité de compositeur de la chambre d'Henri IV, puis est nommé surintendant de la musique de Louis XIII. Son apport à la vie musicale de son temps est important, car il laisse de nombreuses pièces dans les deux genres qu'il contribue à fixer et qui vont marquer durant près d'un siècle la vie musicale française : le ballet et l'air de cour.

A la fois héritage et rupture, l'air de cour français, tout en perpétuant le raffinement des chansons polyphoniques de la Renaissance, s'éloigne progressivement des racines populaires de la chanson, tout en souscrivant aux exigences du goût nouveau pour l'intelligibilité du texte, suivant le même type d'évolution qui a conduit, en Italie, à l'émergence du madrigal « moderne » (seconda prattica). Contrairement, en revanche, à ce que l'on constate de l'autre côté des Alpes, la théâtralisation des affects inhérente au genre du madrigal (au sens large) baroque reste, en France, soumise à des exigences assez strictes de délicatesse et de bienséance : pas question de franchir les limites du bon goût. Cette réserve vis-à-vis de l'expression des passions restera une marque de fabrique typique de la mélodie « à la française » et ce jusqu'au XIXe siècle.

Pour entrer dans l'univers particulier et fascinant de l'air de cour, le disque consacré à Guédron par la soprano Claudine Ansermet et le luthiste Paolo Cherici est idéal. L'entente entre les musiciens est parfaite ; la chanteuse, judicieusement informée par le spécialiste de la déclamation baroque qu'est Eugène Green, trouve un équilibre idéal entre rhétorique et émotion, son chant à la fois intime et épanoui trouvant un magnifique écrin dans le jeu inventif et poétique de son accompagnateur. Le programme, qui fait judicieusement alterner des préludes pour luth seul signés, entre autres, Robert Ballard ou Nicolas Vallet, et airs évite toute monotonie, tout en offrant une idée sans doute assez juste de ce que pouvait être un concert dans un salon raffiné durant la première moitié du XVIIe siècle. Un disque précieux et rare, à l'image du répertoire qu'il sert.

Pierre GUÉDRON (c.1565-c.1620), Soupirs meslés d'Amour, airs de cour (+ Ballard, Vallet, Mertel et Francisque : préludes pour luth).

Claudine ANSERMET, soprano. Paolo CHERICI, luth.

1 CD Symphonia SY96153.


Extraits proposés
 :

Air Aux plaisirs, aux délices bergère

Air C'en est fait je ne verray plus


Pour approfondir
 :

Le répertoire de l'air de cour a suscité, ces dernières années quelques très belles réalisations. On citera celles du Poème Harmonique, dirigé par Vincent Dumestre, à qui l'on doit une remarquable anthologie, L'humaine comédie (Alpha 005), consacrée à Étienne Moulinié (1599-1676) et trois autres volumes plus inégaux, de très intéressants Guédron (Le consert des consorts, Alpha 019) et Antoine Boesset (1587-1643, Je meurs sans mourir, Alpha 057) et un Charles Tessier (c.1550- ?, Carnets de voyage, Alpha 100) plus discutable. Comme souvent avec les réalisations du Poème Harmonique, l'appréciation que l'on peut porter varie suivant l'adhésion de l'auditeur aux conceptions esthétiques de l'ensemble, auquel on a pu parfois reprocher une approche un rien trop lisse. Question de goût.

On ne peut, en revanche, que recommander un superbe disque, Le Trésor d'Orphée, interprété par Catherine Pelon et l'ensemble l'Amoroso, dirigé par le violiste Guido Balestracci, mais passé hélas quelque peu inaperçu lors de sa parution en 2004. Le répertoire choisi permet de mesurer les évolutions survenues dans le genre de l'air chanté entre la deuxième moitié du XVIe siècle (Courville, Le Jeune) et celui du premier XVIIe siècle (Boesset, Guédron) ; les pièces instrumentales, signées du Caurroy, du Mont ou Louis Couperin, ont également été sélectionnées avec beaucoup de discernement. L'interprétation est irréprochable, trsè chaleureuse et soucieuse de donner à chaque œuvre sa juste dimension. Une anthologie marquée du sceau de l'intelligence et la probité artistiques.

Le Trésor d'Orphée, Les concerts de musique pour viole et voix en France au XVIIe siècle. Œuvres de Courville, Cadéac, Le Jeune, Boesset, Guédron, du Mont, Moulinié, Métru, Vallet, Roberday, Louis Couperin. Caroline PELON, dessus. Ensemble l'Amoroso. Guido BALESTRACCI, viole de gambe et direction. 1 CD Zig-Zag Territoires ZZT 040501.

Étienne MOULINIÉ (1599-1676), L'humaine comédie. Le Poème Harmonique. Vincent DUMESTRE, luth, théorbe, guitare baroque et direction. 1 CD Alpha 005.

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