Lundi 16 Juillet 2007
Le vent du désir
Par jardinbaroque, Lundi 16 Juillet 2007 à 22:06 GMT+2 dans Correspondances

Claude GELLÉE, dit LE LORRAIN
(c.1600-1682),
Paysage avec un joueur de flûte, sans date.
Huile sur toile, Nancy, Musée des
Beaux-Arts.
En vain par les destins, redoutables enfers,
Vos cachots sont remplis de supplices divers
Pour punir les forfaits des criminelles âmes,
Étant comme elles sont absentes de leur dieu,
Cette absence les doit tourmenter en ce lieu
Plus rigoureusement que vos fouets ni vos flammes.
Vos roues, vos rochers, et vos
coulantes eaux
Que des filles en vain versent
dans leurs vaisseaux,
Ne peuvent approcher de cette
violence.
L'absence est le bourreau qui
gêne vos esprits,
Et si nous voulons croire aux
plus doctes écrits,
Tous les maux de l'enfer ne sont
rien qu'une absence.
Toute chose périt absente de son
mieux,
La terre s'obscurcit quand le
flambeau des cieux
Lassé de son travail dedans
l'onde se cache,
L'oiseau semble languir s'il ne
peut plus voler,
Le poisson va mourant aussitôt
qu'il prend l'air,
Et l'arbre ne croît plus dès
l'heure qu'on l'arrache.
Tu confirmes ceci, trop amoureux
oiseau,
Qui d'un arbre séché fais un
vivant tombeau
Tu plores pour l'absence et meurs
encor pour elle :
Et vous arbres muets, forêts que
j'aime tant,
Vos rameaux sans verdeur vont-ils
pas regrettant
Les absentes douceurs de la
saison nouvelle ?
Vous, ruisseaux, dont le bruit
amoureusement doux
Semble parler d'amour au milieu
des cailloux,
Ne soupirez-vous pas votre source
éloignée ?
Et vous, vent dont l'effort
semble ébranler les cieux,
Est-ce pas pour chercher ces
homicides yeux
A qui le rapt rendit votre amour
témoignée ?
Comme tout ici-bas n'est rempli
que d'amour,
Tout endure l'ennui de l'absence
à son tour ;
L'un plus et l'autre moins, à
mesure qu'il aime.
Hélas, je suis témoin de cette
vérité,
Car l'absence m'a mis en telle
extrémité
Que je ne me puis plus trouver
dedans moi-même.
[...]
Estienne DURAND (c.1586-1618),
Stances de l'absence (Méditations,
1611).
Musique :
Antonio VIVALDI (1678-1741),
Zeffiretti che sussurrate, duetto pour voix solistes, cordes et
basse continue, RV 749.21, c.1717-1721 (Bibliothèque
nationale de Turin, Fonds Foà 28, collection 1, folios 98r-102v).
Sandrine PIAU, soprano. Ann
HALLENBERG, mezzo-soprano.
Modo Antiquo - Federico Maria
SARDELLI, direction.
Extrait de :
Arie d'opera (airs tirés
du Fonds Foà 28). 1 CD Naïve (Édition Vivaldi, œuvres scéniques, volume 5) OP
30411.
[Original et traduction du texte chanté :
Zefiretti
che sussurate,
ruscelletti
che mormorate,
consolate
il mio desio,
dite almeno
all'idol mio
la mia pena
e la mia brama.
Ama, risponde il rio,
ama, risponde il vento,
ama, la rondinella,
ama, la tortorella.
Vieni, vieni o moi diletto,
il mio cuore, tutto affetto,
già t'aspetta e ognor ti chiama.
Petits zéphyrs
qui susurrez,
ruisselets
qui murmurez,
consolez
cette langueur,
dites au moins
à mon bien-aimé
et ma peine
et mon désir.
Aime, répond le ruisseau,
aime, repart le vent,
aime, dit l'hirondelle,
aime, dit la tourterelle.
Viens, viens, mon bien aimé,
mon cœur qui n'est qu'amour
déjà t'attend et sans cesse
t'appelle.
Traduction de Michel Chasteau, légèrement revue.]




