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Le vent du désir


Claude GELLÉE, dit LE LORRAIN (c.1600-1682),
Paysage avec un joueur de flûte, sans date.
Huile sur toile, Nancy, Musée des Beaux-Arts.



En vain par les destins, redoutables enfers,
Vos cachots sont remplis de supplices divers
Pour punir les forfaits des criminelles âmes,
Étant comme elles sont absentes de leur dieu,
Cette absence les doit tourmenter en ce lieu
Plus rigoureusement que vos fouets ni vos flammes.

Vos roues, vos rochers, et vos coulantes eaux
Que des filles en vain versent dans leurs vaisseaux,
Ne peuvent approcher de cette violence.
L'absence est le bourreau qui gêne vos esprits,
Et si nous voulons croire aux plus doctes écrits,
Tous les maux de l'enfer ne sont rien qu'une absence.

Toute chose périt absente de son mieux,
La terre s'obscurcit quand le flambeau des cieux
Lassé de son travail dedans l'onde se cache,
L'oiseau semble languir s'il ne peut plus voler,
Le poisson va mourant aussitôt qu'il prend l'air,
Et l'arbre ne croît plus dès l'heure qu'on l'arrache.

Tu confirmes ceci, trop amoureux oiseau,
Qui d'un arbre séché fais un vivant tombeau
Tu plores pour l'absence et meurs encor pour elle :
Et vous arbres muets, forêts que j'aime tant,
Vos rameaux sans verdeur vont-ils pas regrettant
Les absentes douceurs de la saison nouvelle ?

Vous, ruisseaux, dont le bruit amoureusement doux
Semble parler d'amour au milieu des cailloux,
Ne soupirez-vous pas votre source éloignée ?
Et vous, vent dont l'effort semble ébranler les cieux,
Est-ce pas pour chercher ces homicides yeux
A qui le rapt rendit votre amour témoignée ?

Comme tout ici-bas n'est rempli que d'amour,
Tout endure l'ennui de l'absence à son tour ;
L'un plus et l'autre moins, à mesure qu'il aime.
Hélas, je suis témoin de cette vérité,
Car l'absence m'a mis en telle extrémité
Que je ne me puis plus trouver dedans moi-même.
[...]

Estienne DURAND (c.1586-1618),
Stances de l'absence (Méditations, 1611).

 
Musique :

Antonio VIVALDI (1678-1741),
Zeffiretti che sussurrate, duetto pour voix solistes, cordes et
basse continue, RV 749.21, c.1717-1721 (Bibliothèque
nationale de Turin, Fonds Foà 28, collection 1, folios 98r-102v).

Sandrine PIAU, soprano. Ann HALLENBERG, mezzo-soprano.
Modo Antiquo - Federico Maria SARDELLI, direction.

 
Extrait de :
Arie d'opera (airs tirés du Fonds Foà 28). 1 CD Naïve (Édition Vivaldi, œuvres scéniques, volume 5) OP 30411.

 
[Original et traduction du texte chanté :

Zefiretti
che sussurate,
ruscelletti
che mormorate,
consolate
il mio desio,
dite almeno
all'idol mio
la mia pena
e la mia brama.

Ama, risponde il rio,
ama, risponde il vento,
ama, la rondinella,
ama, la tortorella.

Vieni, vieni o moi diletto,
il mio cuore, tutto affetto,
già t'aspetta e ognor ti chiama.

Petits zéphyrs
qui susurrez,
ruisselets
qui murmurez,
consolez
cette langueur,
dites au moins
à mon bien-aimé
et ma peine
et mon désir.

Aime, répond le ruisseau,
aime, repart le vent,
aime, dit l'hirondelle,
aime, dit la tourterelle.

Viens, viens, mon bien aimé,
mon cœur qui n'est qu'amour
déjà t'attend et sans cesse t'appelle.

Traduction de Michel Chasteau, légèrement revue.]

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