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Un corbeau

La forêt a des oreilles et le champ a des yeux, dessin de Hieronymus Bosch

Un corbeau devant moy croasse,
Une ombre offusque mes regards
Deux belettes, et deux renards,
Traversent l’endroit où je passe :
Les pieds faillent à mon cheval,
Mon laquay tombe du haut mal,
J’entends craqueter le tonnerre,
Un esprit se présente à moy,
J’oy Charon qui m’apelle à soy,
Je voy le centre de la terre.

Ce ruisseau remonte en sa source,
Un bœuf gravit sur un clocher,
Le sang coule de ce rocher,
Un aspic s’accouple d’une ourse.
Sur le haut d’une vieille tour,
Un serpent deschire un vautour,
Le feu brusle dedans le glace,
Le Soleil est devenu noir,
Je voy la Lune qui va cheoir,
Cet arbre est sorty de sa place.

Théophile de VIAU (1590-1626),
Ode "Un corbeau...", publiée dans les Oeuvres de 1621.

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