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Je ne verray plus ce que j'aime

Château de Versailles, septembre 2006, en fin d'après-midi
ANGELIQUE, reine de Cathay

Je ne verray plus ce que j’aime.
Conçois-tu bien l’effort extrême
Que pour bannir Médor je me fais aujourd’huy ?
Il part désespéré, tu vois où je l’expose.
Il va mourir, j’en suis la cause,
Je mourray bientost après luy.
Non, un trop tendre amour dans ses jours m’intéresse.
Non, qu’il ne parte point, allons le rappeler…
Infortunée ! où veux-je aller ?
Je vais trahir ma gloire, et montrer ma foiblesse.
Ciel ! quel est mon malheur !
S’il faut que l’amour me surmonte,
Je doy mourir de honte.
S’il faut l’arracher de mon cœur,
Je mourray de douleur.


TEMIRE, suivante d’Angélique

Le secours de l’absence
Est un puissant secours.
C’est l’unique espérance
Des cœurs qui veulent fuir les funestes amours.


ANGELIQUE

Le secours de l’absence
Est un cruel secours.
Ah !quelle violence
De fuir incessamment ce qui charme toujours !


Jean-Baptiste LULLY (1632-1687), Roland, tragédie en musique,
représentée à Versailles le 8 janvier 1685 (Acte I, scène 5).
Livret de Philippe QUINAULT (1635-1688), d'après Orlando Furioso de l'Arioste.

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