Mercredi 29 Novembre 2006
Solo et pensoso
Par jardinbaroque, Mercredi 29 Novembre 2006 à 19:56 GMT+2 dans Correspondances

Solo et pensoso i piú deserti campi
vo mesurando a passi tardi et lenti,
et gli occhi porto per fuggire intenti
ove vestigio human l’arena stampi.
Altro schermo non trovo che mi scampi
dal manifesto accorger de le genti,
perché negli atti d’alegrezza spenti
di fuor si legge com’io dentro avampi :
si ch’io mi credo omai che monti et piagge
et fiumi et selve sappian di che tempre
sia la mia vita, ch’è celata altrui.
Ma pur sí aspre vie né sí selvagge
cercar non so ch’Amor non venga sempre
ragionando con meco, et io con llui.
[Solitaire et pensif, les plus désertes landes
je m’en vais parcourant à pas lents, alanguis,
en portant mes regards, afin de mieux les fuir,
aux lieux où dans le sol trace humaine s’imprime.
Nulle autre occultation ne trouve qui m’épargne
la clairvoyante appréciation des gens
car dans mes gestes où la joie est éteinte
dehors on lit comme au-dedans je brûle.
De sorte que je crois qu’aujourd’hui monts et plaines
et fleuves et forêts connaissent la nature
de ma vie, qui demeure à autrui bien cachée.
Mais si âpres chemins pourtant ni si sauvages
je ne sais point quérir, qu’Amour ne vienne
discourant avec moi, et moi-même avec lui.
Traduction de Pierre Blanc, 1998.]
Francesco di ser Petracco, dit PETRARQUE (1304-1374),
Canzoniere, I, 35 (après 1327).




