jardinbaroque

Précieux comme Laure

Laure, cet article est pour toi. Puisse ce modeste présent d'anniversaire te redire la joie que j'ai de te connaître.
Jardin.


Anonyme, Portrait de Laure de Noves,
Florence, Manuscrit de la Biblioteca Medicea Laurenziana.



Les vents, même les vents, qu'on entend respirer,
Et parmi ces rochers, et parmi ces ombrages,
Eux qui me font aimer ces aimables rivages,
Ont appris de Pétrarque à si bien soupirer.

Les flots, même les flots, qu'on entend murmurer
Avec tant de douceur, dans des lieux si sauvages,
Imitent une voix qui charmait les courages
Et parlent d'un objet qu'on lui vit adorer.

Au lieu même où je suis, mille innocents oiseaux
Nous redisent encor, près de ces claires eaux,
Ce que Laure disait à son amant fidèle :

Ici tout n'est que flamme ; ici tout n'est qu'amour ;
Tout nous parle de lui ; tout nous entretient d'elle ;
Et leur ombre erre encor en ce charmant séjour.

 

Georges de SCUDERY (1601-1667),
Poésies diverses, 1649.


Musique :

Sigismondo D'INDIA (c.1582-1629),
Le musiche, Libro III (Milan, 1618) :
Benedetto sia'l giorno, aria per cantar sonetti.

Texte de Francesco PETRARCA (1304-1374),
Canzoniere, I, 61.

Maria Cristina KIEHR, soprano.
La Fenice - Jean TUBERY, direction.

 
Extrait de :
Il Canzoniere, La poesia di Francesco Petrarca nel seicento. 1CD Ricercar 233402.

[Texte chanté :

Benedetto sia 'l giorno, e 'l mese, e l'anno,
e la stagione, e 'l tempo, e l'ora, e 'l punto
e 'l bel paese e 'l loco, ov'io fui giunto
da'duo begli occhi che legato m'ànno;

e benedetto il primo dolce affanno
ch'i' ebbi ad esser con Amor congiunto,
et l'arco e la saette ond' i' fui punto,
et le piaghe, ch'infino al cor mi vanno.

Benedette le voci tante ch'io
chiamando il nome de mia donna ò sparte,
e i sospiri et le lagrime, e 'l desio ;

et benedette sian tutte le carte
ov'io fama l'acquisto, e 'l pensier mio,
ch'è sol di lei, sí ch'altra non v'à parte.

Que béni soit le jour, et le mois, et l'année,
et la saison, le temps, et l'heure et le moment,
et le pays joli, le lieu, où je fus pris
par deux beaux yeux qui m'ont lié.

Et béni soit le premier doux tourment
que j'eus à être à Amour attaché,
et l'arc, et puis les traits, dont je fus transpercé,
et bénies soient les plaies qui vont jusqu'en mon cœur.

Bénies soient les paroles nombreuses
que pour clamer le nom de ma dame ai lancées,
et les soupirs, les larmes, le désir ;

et bénis soient tous les écrits
où grand renom je lui acquiers, et ma pensée
qui n'est qu'à elle, et où n'a part nulle autre.

Traduction de Pierre BLANC]

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