Mercredi 30 Mai 2007
Seule ma douleur
Par jardinbaroque, Mercredi 30 Mai 2007 à 21:04 GMT+2 dans Correspondances

Alfred STEVENS (1823-1906)
La lettre de rupture, 1862.
Huile sur toile, Paris, Musée
d'Orsay.
S'il avait su quelle âme il a blessée,
Larmes du coeur, s'il avait pu vous voir,
Ah ! si ce coeur, trop plein de sa pensée,
De l'exprimer eût gardé le pouvoir,
Changer ainsi n'eût pas été possible ;
Fier de nourrir l'espoir qu'il a déçu :
A tant d'amour il eût été sensible,
S'il avait su.
S'il avait su tout ce qu'on peut
attendre
D'une âme simple, ardente et sans
détour,
Il eût voulu la mienne pour
l'entendre,
Comme il l'inspire, il eût connu
l'amour.
Mes yeux baissés recelaient cette
flamme ;
Dans leur pudeur n'a-t-il rien
aperçu ?
Un tel secret valait toute son
âme,
S'il l'avait su.
Si j'avais su, moi-même, à quel
empire
On s'abandonne en regardant ses
yeux,
Sans le chercher comme l'air
qu'on respire,
J'aurais porté mes jours sous
d'autres cieux.
Il est trop tard pour renouer ma
vie,
Ma vie était un doux espoir déçu.
Diras-tu pas, toi qui me l'as
ravie,
Si j'avais su !
Marceline DESBORDES-VALMORE
(1786-1859)
S'il l'avait su (Elégies et poésies nouvelles, 1825).
Musique :
Ernest CHAUSSON
(1855-1899) :
Chanson perpétuelle, opus 37,
mélodie pour voix et quatuor avec
piano (1898).
Texte de Charles CROS (1842-1888)
Anne-Sofie von OTTER, mezzo-soprano.
Chamber Ensemble - Bengt
FORSBERG, piano.
Extrait de :
La bonne chanson, mélodies
françaises. 1CD Deutsche Grammophon 447 752-2.
[Texte chanté :
Bois frissonnants, ciel étoilé
Mon bien-aimé s'en est allé
Emportant mon cœur désolé.
Vents, que vos plaintives
rumeurs,
Que vos chants, rossignols
charmeurs,
Aillent lui dire que je meurs.
Le premier soir qu'il vint ici,
Mon âme fut à sa merci ;
De fierté je n'eus plus souci.
Mes regards étaient pleins
d'aveux.
Il me prit dans ses bras nerveux
Et me baisa près des cheveux.
J'en eus un grand frémissement.
Et puis je ne sais comment
Il est devenu mon amant.
Je lui disais: "Tu m'aimeras
Aussi longtemps que tu
pourras."
Je ne dormais bien qu'en ses
bras.
Mais lui, sentant son cœur
éteint,
S'en est allé l'autre matin
Sans moi, dans un pays lointain.
Puisque je n'ai plus mon ami,
Je mourrai dans l'étang, parmi
Les fleurs sous le flot endormi.
Sur le bord arrivée, au vent
Je dirai son nom, en rêvant
Que là je l'attendis souvent.
Et comme en un linceul doré,
Dans mes cheveux défaits, au gré
Du vent je m'abandonnerai.
Les bonheurs passés verseront
Leur douce lueur sur mon front,
Et les joncs verts m'enlaceront.
Et mon sein croira, frémissant
Sous l'enlacement caressant,
Subir l'étreinte de l'absent.]




