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Chimères


Eugène BOUDIN (1824-1898),
Entrée de port, 1873.
Huile sur toile, Boston, Museum of Fine Arts.

 

 

Et qu'importe d'où sont venus ceux qui s'en vont,
S'ils entendent toujours un cri profond
Au carrefour des doutes !
Mon corps est lourd, mon corps est las,
Je veux rester, je ne peux pas ;
L'âpre univers est un tissu de routes
Tramé de vent et de lumière ;
Mieux vaut partir, sans aboutir,
Que de s'asseoir, même vainqueur, le soir,
Devant son oeuvre coutumière,
Avec, en son coeur morne, une vie
Qui cesse de bondir au-delà de la vie.

Emile VERHAEREN (1855-1916)
Au bord du quai (Les visages de la vie, 1899)

 
Musique :

Gabriel FAURÉ (1846-1924)
Les berceaux, mélodie opus 23 n°1 (1879).

Texte de Sully PRUDHOMME (1839-1907),
Stances et poèmes, 1865.

Véronique GENS, soprano. Roger VIGNOLES, piano.


Extrait de :
Nuit d'étoiles, mélodies françaises. 1CD Virgin  7243 545360 2 1.


[Texte chanté :

Le long des quais les grands vaisseaux,
Que la houle incline en silence,
Ne prennent pas garde aux berceaux
Que la main des femmes balance.

Mais viendra le jour des adieux ;
Car il faut que les femmes pleurent
Et que les hommes curieux
Tentent les horizons qui leurrent.

Et ce jour-là les grands vaisseaux,
Fuyant le port qui diminue,
Sentent leur masse retenue
Par l'âme des lointains berceaux.]

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