Jeudi 28 Juin 2007
Enfances
Par jardinbaroque, Jeudi 28 Juin 2007 à 21:24 GMT+2 dans Correspondances
Laure, je vous dédie ce
billet, à toi et à ta petite Jehanne. Puisse votre amour rester toujours aussi
lumineux qu'il l'est aujourd'hui.
J'adresse également une amicale pensée à ceux et celles
qui goûtent l'art de Marceline Desbordes-Valmore, et me font l'honneur de venir
flâner en ce jardin. Merci pour votre fidélité.
Jardin.

Berthe MORISOT (1841-1895),
Le berceau, 1873.
Huile sur toile, Paris, Musée d'Orsay.
Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc ! et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !
Beaucoup, beaucoup d'enfants pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir;
Ils ont toujours sommeil. Ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir.
Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits anges
Qui n'ont pas d'oreiller, moi, j'embrasse le mien.
Seule, dans mon doux nid qu'à tes pieds tu m'arranges,
Je te bénis, ma mère, et je touche le tien.
Je ne m'éveillerai qu'à la lueur première
De l'aube ; au rideau bleu c'est si gai de la voir !
Je vais dire tout bas ma plus tendre prière:
Donne encore un baiser, douce maman ! Bonsoir!
Dieu des enfants ! le cœur d'une petite fille,
Plein de prière (écoute !), est ici sous mes mains
On me parle toujours d'orphelins sans famille :
Dans l'avenir, mon Dieu, ne fais plus d'orphelins !
Laisse descendre au soir un ange qui pardonne,
Pour répondre à des voix que l'on entend gémir.
Mets, sous l'enfant perdu que la mère abandonne,
Un petit oreiller qui le fera dormir !
Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859),
L'oreiller d'un enfant (Poésies inédites, 1860).
Musique :
Georges BIZET (1838-1875)
Berceuse (sur un vieil air), mélodie pour voix et
piano, 1868.
Texte de Marceline DESBORDES-VALMORE.
Ann MURRAY, mezzo-soprano. Graham JOHNSON, piano.
Extrait de :
Mélodies de Georges Bizet. 1 CD Hyperion CDA66976.
[Texte chanté :
Si l'enfant sommeille,
Il verra l'abeille,
Quand elle aura fait son miel,
Danser entre terre et ciel.
Si l'enfant repose,
Un ange tout rose,
Que la nuit seule on peut voir,
Viendra lui dire « Bonsoir ».
Si mon enfant m'aime,
Dieu dira lui-même :
J'aime cet enfant qui dort ;
Qu'on lui porte un rêve d'or.
Mettez lui des ailes
Comme aux tourterelles,
Pour venir dans mon soleil
Danser jusqu'à son réveil !
Fermez ses paupières,
Et sur ces prières,
De mes jardins pleins de fleurs,
Faites glisser les couleurs.
Mais je veux qu'il dorme,
Et qu'il se conforme
Au silence des oiseaux
Couchés parmi les roseaux !
Car si l'enfant pleure,
On entendra l'heure
Tinter partout qu'un enfant,
A fait ce que Dieu défend !
L'écho de la rue,
Au bruit accourue,
Quand l'heure aura soupiré,
Dira : l'enfant a pleuré !
Et sa tendre mère,
Dans sa nuit amère,
Pour son ingrat nourrisson,
Ne saura plus, hélas ! de chanson !
Si l'enfant est sage,
Sur son doux visage,
La vierge se penchera,
Et longtemps lui parlera !]




