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Refuges


Sir George Howland BEAUMONT (1753-1827)
Paysage avec Jacques et le cerf blessé, c.1819 ?
Huile sur toile, Londres, Tate Gallery.

Au bord tristement doux des eaux, je me retire,
Et vois couler ensemble, et les eaux, et mes jours ;
Je m'y vois sec et pâle, et si* j'aime toujours
Leur rêveuse mollesse où ma peine se mire.

Au plus secret des bois je conte mon martyre,
Je pleure mon martyre en chantant mes amours,
Et si* j'aime les bois, et les bois les plus sourds,
Quand j'ai jeté mes cris, me les viennent redire.

Dame dont les beautés me possèdent si fort,
Qu'étant absent de vous je n'aime que la mort,
Les eaux en votre absence, et les bois me consolent.

Je vois dedans les eaux, j'entends dedans les bois,
L'image de mon teint, et celle de ma voix,
Toutes peintes de morts qui nagent, et qui volent.

[*si : cependant]

Jacques Davy du PERRON (1556-1618),
Diverses œuvres, publication posthume, 1622.


Musique :

Claude DEBUSSY (1862-1918),
Reflets dans l'eau, tiré du Livre I des Images pour piano, 1904.

Alice ADER, piano.

Extrait de :
Œuvres pour piano (Images, Estampes, etc.). 1 CD Erato 0630-14786-2.

[Nota : Le poème de du Perron, sans doute écrit dans le dernier quart du XVIe siècle est d'une étonnante modernité, notamment par sa musicalité, proche, à mon sens, de celle de Verlaine. Les deux premiers vers ont ainsi entraîné une association automatique avec la musique de Debussy, de trois siècles postérieure.]

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