Lundi 2 Juillet 2007
Sainte colère
Par jardinbaroque, Lundi 2 Juillet 2007 à 21:34 GMT+2 dans Correspondances

Domenico di Giacomo
di Pace dit BECCAFUMI (1486-1551),
La chute des anges
rebelles, c.1528.
Huile sur bois, Sienne, San Niccolo al Carmine.
Dieu se lève en courroux et au travers des cieux
Perça, passa son chef ; à l'éclair de ses yeux
Les cieux se sont fendus ; tremblant, suant de crainte,
Les hauts monts ont croulé : cette Majesté sainte
Paraissant fit trembler les simples éléments,
Et du monde ébranla les stables fondements.
Le tonnerre grondant frappa cent fois la nue ;
Tout s'enfuit, tout s'étonne, et gémit à sa vue ;
Les Rois épouvantés laissent choir, pâlissants,
De leur sanglantes mains les sceptres rougissants ;
La mer fuit et ne peut trouver une cachette
Devant les yeux de Dieu ; les vents n'ont de retraite
Pour parer ses fureurs : l'univers arrêté
Adore en frémissant sa haute Majesté.
Théodore-Agrippa d'AUBIGNÉ (1550-1630),
Les Tragiques, III, 139-152.
(écrit à partir de 1577, publication en 1616).
Cosi dicendo, il
capo mosse ; e gli ampi
cieli tremaro e i
lumi erranti e i fissi,
e tremo l'aria riverente,
e i campi
de l'oceano, e i
monti e i chiechi abissi.
Fiammeggiare a
sinistra accessi lampi
fur visti, e
chiaro tuono insieme udissi.
[Il secoua son chef, et en tremblèrent
Les cieux immens', les feux errants et fixes ;
Trembla l'air révérent, les vastes champs
De l'océan, les monts, les gouffres noirs.
On put voir des éclairs flamber à gauche,
On entendit ensemble un clair tonnerre.
Traduction de Michel Orcel.]
Torquato TASSO
(1544-1595),
Gerusalemme
liberata, XIII, 74, 1-6
(1581).
Musique :
Antonio VIVALDI (1678-1741),
Motet In furore iustissimae irae, pour soprano,
cordes
et basse continue, RV 626 (Rome, c. 1723-24 ?) :
Aria « In furore iustissimae irae » (Allegro).
Simone KERMES, soprano.
Venice Baroque Orchestra - Andrea MARCON, direction.
Extrait de :
Amor sacro (Motets RV 626, 630, 627, 632). 1 CD Archiv Produktion B0008237-02.
[Texte chanté :
In furore
iustissimae irae
Tu divinitus facis potentem.
Quando potes me reum punire
Ipsum crimen te gerit clementem.
Dans la fureur de ta très juste colère,
Tu manifestes Ta puissance divine.
Alors que tu peux punir ma faute,
Mon crime même T'incite à la clémence.]
Nota : Deux excellentes versions du motet In furore iustissimae irae se partagent le sommet de la discographie. Il a fallu choisir entre Simone Kermes et Sandrine Piau (Édition Vivaldi, Musica sacra, volume 5, 1CD Naïve OP 30416), toutes deux pourvues de qualités vocales indéniables. C'est finalement le chef qui a fait la différence. A mon sens, la direction d'Andrea Marcon se révèle, à la réécoute, supérieure en théâtralité et en nuances à celle, plus « sage » mais non sans charmes, d'Ottavio Dantone (Édition Vivaldi) ; elle fait, en outre, ressortir avec plus de netteté et de force le caractère concertant de cette aria introductive, structurée selon le modèle « vif - lent - vif » dont Vivaldi fut, au début du XVIIIe siècle, sinon l'inventeur, du moins le plus parfait propagateur.




