Dimanche 8 Juillet 2007
Sur ses ailes
Par jardinbaroque, Dimanche 8 Juillet 2007 à 18:59 GMT+2 dans Correspondances

Bernardino CESARI (1571-1622),
Saint Bruno (détail), sans date.
Huile sur toile, Strasbourg,
Musée des Beaux-Arts.
[Le tableau complet est reproduit en fin de billet]
Et sautille gai, plein d'espoir,
Sur les herbes, de givre blanches,
En bottes jaunes, en frac noir.
C'est un merle, chanteur crédule,
Ignorant du calendrier,
Qui rêve soleil, et module
L'hymne d'avril en février.
Pourtant il vente, il pleut à
verse ;
L'Arve jaunit le Rhône bleu,
Et le salon, tendu de perse,
Tient tous ses hôtes près du feu.
Les monts sur l'épaule ont
l'hermine,
Comme des magistrats siégeant.
Leur blanc tribunal examine
Un cas d'hiver se prolongeant.
Lustrant son aile qu'il essuie,
L'oiseau persiste en sa chanson,
Malgré neige, brouillard et
pluie,
Il croit à la jeune saison.
Il gronde l'aube paresseuse
De rester au lit si longtemps
Et, gourmandant la fleur
frileuse,
Met en demeure le printemps.
Il voit le jour derrière l'ombre,
Tel un croyant, dans le saint
lieu,
L'autel désert, sous la nef
sombre,
Avec sa foi voit toujours Dieu.
A la nature il se confie,
Car son instinct pressent la loi.
Qui rit de ta philosophie,
Beau merle, est moins sage que
toi !
Théophile GAUTIER (1811-1872)
Le merle (Émaux et Camées,
1852. Édition définitive : 1872)
Musique :
Stefano LANDI (c.1586 ?
1587 ?-1639),
Augellin, extrait du Libro
primo di Arie (1620).
Marco BEASLEY, ténor. L'Arpeggiata - Christina PLUHAR, direction.
Extrait de :
Homo fugit velut umbra (œuvres écrites par ou attribuées à Stefano
Landi). 1CD Alpha 020.
[Texte chanté (original
et traduction) :
Augellin
Che ‘tuo amor
Segui ogn'hor
Dal faggio al pin;
E spiegando i bei concenti
Vai temprado
Col tuo canto i miei Lamenti.
Il mio Sol troppo fier,
Troppo altier
Del mio gran duol
Clori amata, Clori bella,
M'odia ingrata
A' miei prieghi empia e rubella.
Non sia più
Cruda no,
Morirò
S'ella è qual' fù;
Taci, taci, che già pia
Porge i baci,
Al mio labro l'alba mia.
Segui augel
Nè sdegnar
Di formar
Canto novel;
Fuor del seno amorosetto
Mostra à pieno
La tua gioia, il mio diletto.
Oiselet
qui pourchasses
toujours ton amour
entre l'hêtre et le pin,
avec ton doux concert,
tu rends plus forts
par ton chant, mes pleurs.
Mon Soleil est trop fier
et trop méprise
ma grande douleur.
Chloris l'aimée, Chloris la
belle,
me déteste, l'ingrate,
cruelle et rétive à mes prières.
Puisse-t-elle ne plus
être si cruelle.
Je mourrai
si elle persiste.
Tais-toi, tais-toi, pour
qu'apaisée
elle apporte ses baisers
à mes lèvres, mon aurore.
Viens, oiseau,
ne dédaigne pas
composer
un chant nouveau.
Que ton sein plein d'amour
montre pleinement
ta joie et mon bonheur.]
Nota : symbole
spirituel, symbole amoureux, l'image de l'oiseau a souvent quelque chose à voir
avec l'âme et l'amour des Hommes. J'ai voulu, en associant une musique au texte
résolument profane, un tableau religieux et un poème à mi-chemin des deux,
tenter une synthèse de ces différents sens.




