Mardi 10 Juillet 2007
Terre d'ombre
Par jardinbaroque, Mardi 10 Juillet 2007 à 19:06 GMT+2 dans Correspondances

Michelangelo MERISI, detto IL CARAVAGGIO (1571-1610),
Le martyre de Saint Matthieu (détail), 1599-1600.
Huile sur toile, Rome, San Luigi
dei Francesi, Chapelle Contarelli.
(...)
Mais je crois que mon cœur se flatte en sa langueur ;
Il est temps que ma vie achève sa rigueur.
Au dessein de mourir dois-je chercher qui m'aide ?
Rien que ma main ne s'offre à ce dernier remède.
Terre, si tu voulais t'offrir dessous mes pas,
Tu me ferais plaisir, mais tu ne le fais pas ;
Il semble que ton flanc davantage se serre.
Dieux ! si vous me vouliez envoyer le tonnerre
Je vous serais tenu ; mais, ô propos honteux,
Mon trépas à m'ouïr est encore douteux,
Mon désespoir encore en moi se délibère ;
Mais l'étourdissement, non la peur, le diffère.
Voici de quoi venger les injures du sort ;
C'est ici mon tonnerre, et mon gouffre, et ma mort.
En dépit des parents, du Ciel, de la nature,
Les hommes courageux meurent quand il leur plaît.
Regarde là-dedans si ma douleur est vraie.
[Il se tue.]
Théophile de VIAU (1590-1626),
Pyrame et Thisbé, Acte V,
scène 1 (tragédie, 1621).
Musique :
Carlo GESUALDO da VENOSA (1566-1613),
Mercè grido piangendo, madrigal à 5
voix,
extrait du Quinto Libro di Madrigali
(publié en 1611, écrit vers
1594-1596 ?).
La Venexiana - Claudio CAVINA, contre-ténor et direction.
Extrait de :
Quinto Libro di Madrigali. 1 CD Glossa GCD 920935.
[Original et traduction du
texte chanté :
Mercè grido piangendo,
ma chi m'ascolta? Ahi lasso, io vengo meno
morrò dunque tacendo.
Deh, per pietade almeno,
dolce del cor tesoro,
potessi dirti pria ch'io mora:"Io moro".
Grâce ! je crie ce mot en
pleurant,
mais qui m'écoute ? Ahi,
hélas, je défaille,
je mourrai donc en silence.
Aie au moins pitié,
doux trésor de mon cœur,
que je puisse dire avant de
mourir : « Je meurs ».
Traduction de Pierre Mamou.]
Nota : Viau,
Caravage, Gesualdo, « mauvais garçons » du début de l'ère Baroque,
célèbres pour leurs frasques sensuelles et leur caractère inquiétant, en
illustrent la veine sombre, où le sang finit toujours par maculer l'or, où le
rictus de la mort se dessine sous une joie à l'intensité douloureuse.




