jardinbaroque

Sereine ambiguité

Ceux qui le désirent peuvent accompagner leur lecture d’un peu de musique.

Johann Jakob WALTHER (c.1650-1717) : Preludio de la Suite n°20
en mi mineur
, extraite du recueil Hortulus Chelicus (Mainz, 1688).
Les plaisirs du Parnasse – David PLANTIER, violon & direction.
CD : Hortulus Chelicus, paru chez Zig-Zag Territoires (ZZT 060902).

Johann-Ulrich Mayr (attribué à), Portrait de jeune homme Johann-Ulrich MAYR (1630-1704) [attribution incertaine]
Portrait de jeune homme, sans date.
Huile sur toile, Orléans, Musée des Beaux-Arts.

Après Antonio de Bellis, voici une seconde étape de la promenade au sein des riches collections du Musée des Beaux-Arts d’Orléans. La toile présentée cette fois-ci, d’attribution incertaine, est peut-être l’œuvre de Johann-Ulrich Mayr, peintre allemand, formé à l’école hollandaise.

Sur la vie de Mayr, on ne dispose que de très peu de renseignements. Il naît à Augsburg en 1630. Il a pour professeurs Rembrandt (1606-1669) à Amsterdam, de 1642 à 1649, et Jacob Jordaens (1593-1678) à Anvers. Il part ensuite exercer son art en Angleterre, puis en Italie, avant de rentrer en Allemagne, où il travaille au profit des Cours de Baden et de Bavière. Nommé peintre de Cour par l’empereur Léopold Ier (1640-1705), Mayr meurt à Augsburg en 1704.

Qu’elle soit ou non de Mayr, cette toile est indiscutablement l’œuvre d’un peintre qui a eu connaissance de la manière de Rembrandt, et qui en a retenu le rendu d’une atmosphère à la fois intime et quelque peu nostalgique au travers de l’utilisation de couleurs chaudes et automnales. Cependant, là où le maître se plaisait à représenter des personnages dans une action propre à les caractériser ou, notamment dans ses autoportraits, faisant face au spectateur, son « élève », lui, semble avoir décidé de jouer la carte de l’évitement, générateur d’un mystère, et par là même, d’un charme indéniables. Johann-Ulrich Mayr (attribué à), Portrait de jeune homme (détail)

En effet, le jeune homme qu’il a choisi de représenter, accoudé à ce qui semble être une balustrade, n’envisage pas directement le spectateur. Son regard, plus intériorisé que tourné vers ce qui l’entoure, oscille entre une ironie teintée d’une imperceptible lueur de fierté, voire de défi, et une rêverie subtilement ombrée d’absence. Et c’est justement de cet imperceptible mouvement de balancier entre la sensation de proximité et d’éloignement, ouvrant un espace ambigu qui laisse le spectateur dans l’incertitude, que naît la poésie du tableau. Les lèvres légèrement entrouvertes vont-elles laisser s’échapper des mots provocants ou sont-elles, au contraire, la marque physique d’un rêve éveillé ? L’oeil est-il éclairé par le souvenir d’agréables moments ou, au rebours, par l’imagination d’un avenir radieux ?

Rien ne se peut déduire clairement de cette figure canaille et altière à la fois, dont l’apparence combine, avec un art si consommé qu’il en paraît naturel, le négligé et l’apprêté. Portrait d’après nature d’un séduisant voyou qui aurait attiré l’œil du peintre ou figure de genre matérialisant la jeunesse qui rêve son avenir et dissimule ses inquiétudes sous un air désinvolte ? On ne le saura jamais. Toujours est-il que la sensation d’ambiguïté sereine et d’allant mélancolique qui se dégagent de ce portrait suivent celui qui s’est arrêté devant ce tableau bien après qu’il s’en est éloigné.

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