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Silène

Orléans, entrée du Musée des Beaux-Arts, février 2007

Surtout ne pas s’en tenir aux apparences. Oublier la bruine tenace qui baigne cette matinée de samedi et la froideur quasi proverbiale de la ville où le train nous a déposé, vaincre l’infime mouvement de recul, lorsque arrivé au pied de la cathédrale, on distingue, sur le pilier d’une volée d’arcades assez dénuées d’âme, le panonceau annonçant simplement « musée ». Car, pour être honnête, il ne paie pas de mine, vu de l’extérieur, le Musée des Beaux-Arts d’Orléans, hébergé dans une bâtisse aux vagues allures d’insula romaine. Mais comme les silènes, petits flacons ornés de la figure peu avenante d’un satyre destinés à recueillir de précieux parfums auxquels Alcibiade comparait Socrate, il cache, sous ses dehors quelconques, des collections d’une richesse impressionnante.

Contrairement à un certain nombre de ses semblables, le musée n’est que très peu redevable à l’Etat de l’ampleur et de la richesse de ses collections. En 1797, à la suite des confiscations d’œuvres d’art durant la Révolution française, un muséum est créé à Orléans et ouvert au public en 1799. Il est néanmoins oublié par l’arrêté Chaptal de 1801, qui désigne les 15 villes bénéficiaires des saisies révolutionnaires déposées au Louvre et à Versailles, et ne bénéficie pas non plus de la seconde vague de dépôts de 1811. Putto, XVIIe siècle

Le muséum ferme en 1804, et les œuvres qu’il contient sont transférées pour partie dans les locaux du Jardin des Plantes, les autres étant réquisitionnées pour le décor d’édifices publics (préfecture, mairie…). Le 4 novembre 1825 est inauguré, dans l’hôtel des Créneaux, un nouveau musée qui, très rapidement va être alimenté par des dons conséquents des Orléanais, à tel point qu’en 1887, une nouvelle salle doit être construite, apportant au problème chronique de la place exigée par des collections toujours grandissantes une solution très temporaire. En 1908, un hôtel particulier est transformé en annexe du musée afin d’accueillir la donation de Paul Fourché, collectionneur éclairé, natif de la ville. La Seconde Guerre mondiale va porter un coup très rude aux musées, détruits pendant les bombardements de juin 1940, et dont seules les collections mises à l’abri pourront être sauvées (la quasi-intégralité de la donation Fourché va ainsi disparaître). Il faudra attendre 1963 pour que le musée bénéficie des dommages de guerre nécessaires à sa reconstruction, et 1984 pour que les collections du Musée des Beaux-Arts rejoignent le vaste bâtiment construit tout exprès à côté de la cathédrale.

Orléans, Musée des Beaux-Arts, février 2007

Si l’on souhaite suivre une certaine chronologie dans sa visite, il convient de la commencer par le deuxième étage, consacré aux écoles étrangères, en l’occurrence flamande, hollandaise, allemande, italienne et espagnole, du XVe au XVIIIe siècle. On y croisera Brueghel, Van Ruysdael, Annibale Carracci, Vélazquez, pour ne citer que quelques grands noms émergeant d’une foule d’artistes moins reconnus mais tout aussi intéressants. L’ensemble de peintures flamandes et hollandaises est vraiment remarquable et présente un éventail très large de ce que les artistes des Ecoles du Nord étaient alors capables de produire.
Houdon, Buste de Voltaire

Le premier étage, lui, est entièrement consacré à des œuvres françaises des XVIIe et XVIIIe siècles. Il accueille les talentueux « régionaux » que sont Baugin (il faut avoir vu au moins une fois « en vrai » le Christ mort veillé par deux anges) et Corneille l’Aîné, mais également les frères Le Nain, La Hyre, Blanchard ou encore Deruet, en bref, un vaste panorama du XVIIe français auquel ne manque que Vouet. La partie XVIIIe est également passionnante, avec un splendide cabinet de pastels, contenant, entre autres, l’Autoportrait aux bésicles de Chardin, et, au fil des salles, des bustes de Pigalle et de Houdon, ainsi qu’une très belle galerie de portraits où se distinguent Vigée-Lebrun, Drouais, Largillière, ainsi qu’une belle réalisation sortie de l’atelier de Nattier.
Orléans, Musée des Beaux-Arts, Département XIXe siècle, peintures

Les entresols, dédiés à la peinture tant romantique qu’académique du XIXe siècle, méritent également un détour, ne serait-ce que pour Delacroix et Cogniet, ainsi que le sous-sol, consacré au XXe siècle où brille un rougeoyant et triste Lempicka.

Répétons-le, voici un musée qui gagne à être connu, et que les amateurs d’art des XVIIe et XVIIIe siècles qui ne le connaissent pas déjà gagneront à découvrir sans tarder. On peut ici leur garantir quelques vraies heures de plaisir.

Bonne visite.

Musée des Beaux-Arts, Place Sainte-Croix, 45000 Orléans. Téléphone : 0238792155.
Ouvert de 9h30 à 12h15 et de 13h30 à 17h45 du mardi au samedi, et de 14h à 18h30 le dimanche. Fermé le lundi et les 1er janvier, 1er et 8 mai, 14 juillet, 1er et 11 novembre, 25 décembre. Tarif d’entrée : 3 euros.
La boutique propose des cartes postales et des ouvrages assez nombreux, ainsi que quelques reproductions d’œuvres en grand et moyen format à des prix abordables. L’accueil est courtois et chaleureux.

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