Jeudi 28 Decembre 2006
Le goût de la chair
Par jardinbaroque, Jeudi 28 Decembre 2006 à 13:22 GMT+2 dans Camera reservata

Jacques BLANCHARD (1600-1638)
Vénus et les Grâces surprises par un mortel, c.1631-1633
Huile sur toile, Paris, Musée du Louvre.
Jacques Blanchard naît à Paris en 1600. Il étudie vraisemblablement auprès de son oncle maternel, Nicolas Bollery (c.1550/60-1630) avant d’entreprendre, vers 1618, un voyage en Italie, qui débute néanmoins par une étape d’environ six ans à Lyon, où il travaille dans l’atelier d’Horace Le Blanc (c.1580-1637, maître probable de François Perrier), achevant au passage quelques toiles du maître laissées en souffrance du fait de son départ pour Paris en 1623. Fin octobre 1624, Blanchard arrive à Rome où il demeure au plus tard jusqu’en mai 1626, époque à laquelle il s’établit à Venise où il va demeurer jusqu’en 1628. Il aurait peint, durant ce séjour vénitien, des scènes tirées des Métamorphoses d’Ovide, dont il ne reste rien. Il rentre ensuite à Lyon, mais non sans avoir fait halte à Turin, où il exécute des scènes tirées des Amours de Vénus et Adonis pour Charles-Emmanuel I, duc de Savoie, perdues elles aussi. Il rejoint Paris au début des années 1630, et c’est lui qui est choisi par la confrérie des orfèvres pour exécuter le may de 1634 pour Notre-Dame de Paris, la Descente du Saint-Esprit. Il meurt à Paris en 1638.
On a souvent rapproché l’art de Blanchard de celui de Titien (c.1490-1576), Charles Perrault lui ayant même décerné le titre de « Titien français ». Les influences de l’école vénitienne, mais aussi bolonaise, sont perceptibles dans ses œuvres, qui se souviennent de Tintoret (1518-1594) et de Véronèse (1528-1588) dans leur science de la couleur. D’Italie, Blanchard a également ramené un goût évident pour la sensualité très charnelle, qui irrigue une très large partie de son œuvre (vingt-trois tableaux et trois dessins d’attribution certaine conservés, une cinquantaine d’œuvres connue par la gravure), y compris ses toiles d’inspiration religieuse. Ce tableau représentant Vénus et les Grâces surprises par un mortel est représentatif de ce goût de la chair. La proximité des corps, leurs formes épanouies, les attitudes dans lesquelles le peintre a choisi de les représenter, contribuent à créer un troublant sentiment d’intimité. En dépit du sujet mythologique qui devrait imposer quelque distance, c’est plutôt le caractère palpable de ces formes offertes qui s’impose aux yeux du spectateur, que l’art du peintre induit à s’identifier avec le mortel découvrant un spectacle auquel il n’aurait pas dû avoir accès. La douceur du traitement de cette scène, tant dans le rendu du modelé que de la carnation des corps, cette intimité dont on sentirait presque les parfums, font de Blanchard un anticipateur de la sensibilité du XVIIIe siècle, et, bien plus que du Titien, un digne émule de Rubens (1577-1640).




