jardinbaroque

Quel aurait été son visage ?

Michel Corneille (l'Aîné), Esaü cédant à Jacob son droit d'aînesse pour un plat de lentilles

Michel CORNEILLE [l'Aîné] (c.1603-1664)
Esaü cédant à Jacob son droit d'aînesse pour un plat de lentilles, 1630.
Huile sur toile, Musée des Beaux-Arts d'Orléans.

Michel Corneille (l’Aîné, par distinction d’avec son fils, portant le même prénom) naît à Orléans vers 1603, d’une famille d’origine hollandaise. Il reçoit sa première formation dans sa ville natale, avant de rejoindre Paris et l’atelier de Simon Vouet (1590-1649) en 1632. Il est, dès lors, associé aux travaux de son maître, dont il épouse une des nièces en 1636, qui lui donne, en 1642 et vers 1649, deux fils, Michel (le Jeune) et Jean(-Baptiste) qui seront également peintres. C’est lui qui est choisi, en 1644, pour exécuter le may offert annuellement par les orfèvres parisiens à la Cathérale Notre-Dame (Saint Paul et Saint Barnabé refusant les honneurs divins à Lystre, conservé au Musée des Beaux-Arts d’Arras). En 1648, il fait partie des membres fondateurs de l’Académie royale de peinture. Il y est recteur en 1656 et professeur en 1663. Il meurt à Paris en 1664.

Saint-François Xavier en adoration devant la Vierge et l’Enfant

Dès son entrée au sein de l’atelier de Vouet, Michel Corneille va totalement adopter le style de son maître, fièvre baroque en moins, comme le montre ce Saint-François Xavier en adoration devant la Vierge et l’Enfant (ci-contre) datable d’environ 1640, conservé, lui aussi, au Musée des Beaux-Arts d’Orléans. Il se tournera, par la suite, vers un style marqué par des réminiscences raphaélesques et d’esprit plus classique, même si, foncièrement, sa manière évoluera assez peu. Mais qu’aurait été son art si, au lieu d’aller à Paris pour mener la carrière que l’on sait, Corneille était resté à Orléans et avait cultivé les influences que l’on sent dans cet Esaü cédant à Jacob son droit d'aînesse pour un plat de lentilles, son premier tableau conservé, totalement atypique si on le met en perspective avec le reste de sa production ? En effet, ici, c’est bien l’influence, et, qui plus est, une influence parfaitement comprise et digérée des Ecoles du Nord qui se manifeste. Le sujet, pourtant, est biblique, mais l’artiste le transforme en une scène de genre profane au caractère intimiste, art dans lequel les peintres hollandais du XVIIe siècle sont passés maîtres. Le peintre a, en outre, soigné les détails et en a joué pour souligner les oppositions entre Esaü et Jacob, pourtant jumeaux selon la Bible. L’un est debout, l’autre assis, l’un est superbement paré, très apprêté, l’autre a le torse à demi dénudé, l’un a un chien près de lui, l’autre un chat : c’est la rencontre des contraires. Notons enfin, pour souligner, s’il en était besoin, la filiation « nordique » de ce tableau, que Corneille a même intégré une petite nature morte dans cette scène d’intérieur à visée allégorique : il s’agit de la miche de pain et du verre de vin rouge posés sur la nappe blanche à la droite de la scène.
En quelque sorte, ce tableau représente presque une synthèse des grands thèmes chers aux Ecoles du Nord, et face à cette œuvre que les critiques d’Art auraient peiné à attribuer, compte tenu du reste de sa production, à cet honnête suiveur de Vouet que fut Michel Corneille, mais que ce dernier a eu la bonne idée de signer, on se prendrait presque à regretter que le peintre ait un jour quitté les bords de la Loire pour rejoindre ceux de la Seine. Il avait sans doute encore bien des scènes d’intérieur de cette qualité à nous offrir.

aucun commentaire - aucun rétrolien

Page précédente | 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 | Page suivante