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La tendresse d'Irène

En clin d'oeil amical à Jean-Yves.

Francesco Cairo, Saint Sébastien soigné par Irène

Francesco CAIRO (1607-1665)
Saint Sébastien soigné par Irène, c.1635.
Huile sur toile, Tours, Musée des Beaux-Arts.

Francesco Cairo naît à Santo Stefano, près de Milan, en 1607. Il reçoit sans doute sa première formation dans l’entourage de Morazzone [Pier Francesco Mazzuccheli, 1573-1626] ainsi que l’atteste le style de ses œuvres de jeunesse. En 1633, il rejoint Turin et la cour de la famille de Savoie, au profit de laquelle il exécute des tableaux fortement empreints de religiosité et de pathétisme. En 1637-1638, il se rend à Rome afin d’étudier les œuvres de l’école émilienne, tels Guido Reni (1575-1642), mais y subit également l’influence des Caravagesques et de Giovanni Lanfranco (1582-1647). Il retourne ensuite en Lombardie où il assume d’importantes et nombreuses commandes de tableaux religieux. Entre 1646 et 1649, Cairo séjourne de nouveau à Turin où il exécute, pour la famille de Savoie, une Découverte de Moïse, et, de nouveau, des tableaux d’autel. De retour à Milan, il y meurt en 1665.

Ce Saint Sébastien soigné par Irène, légèrement antérieur au voyage à Rome, illustre bien la première manière de Cairo, qui se souvient de l’art de son probable maître Morazzonne, lequel a dû être lui-même touché par celui de Caravage lors de son séjour à romain vers 1592-1598, et l’a transmis à son élève. Par un jeu sur la lumière très pensé, Cairo fait saillir les éléments essentiels de la scène, le haut du corps et le visage de Sébastien, le visage et les mains d’Irène, et apporte ainsi beaucoup de vie et d’instantanéité à une scène qui aurait pu être un peu figée. L’artiste joue également sur l’opposition entre le corps juvénile et pâmé du saint, et l’expression extrêmement concentrée de la sainte, qui semble vieillie. Ce dernier point n’est pas extrêmement fréquent dans ce type de scène, très courante durant la Renaissance et le Baroque. Irène est, en effet, généralement représentée comme une jeune femme, ce qui est conforme à son hagiographie (selon les textes, c’est une jeune veuve), et accompagnée d’une suivante qui l’assiste dans son action. Ici, pas de suivante, comme si Cairo avait souhaité conférer à la scène une forte dimension d’intimité. Le choix, singulier, de représenter Irène sous les traits d’une femme portant déjà les marques de l’âge s’inscrit peut-être dans une volonté d’écarter toute ambiguïté qui aurait pu naître de la proximité entre une jeune femme et le corps abandonné d’un jeune homme, désirable dans sa quasi-nudité blessée. En s’inscrivant ici dans une logique plus maternante, la sainte, au lieu de se tenir à distance par une attitude glacée, devient la mère qui soigne son « fils selon la foi », hors d’atteinte, du fait de son âge, de toute tentation charnelle. Elle y gagne une dimension d’humanité chaleureuse bien supérieure aux représentations d’Irène nées, par exemple, du pinceau de Trophime Bigot ou de Georges de La Tour, pour lesquels la sainte primait la femme. Ici, par cette exigence de naturel soutenue par une logique de représentation cohérente, Cairo s’inscrit parfaitement, outre la technique qu’il emploie, dans l’esprit de Caravage, dont il s’était quelque peu détourné en éliminant peu ou prou l’ambiguïté sensuelle de son tableau et en la transformant en une tendresse toute maternelle.

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