Jeudi 12 Octobre 2006
Du royaume des Ombres
Par jardinbaroque, Jeudi 12 Octobre 2006 à 21:15 GMT+2 dans Camera reservata

Salvator ROSA (1615-1673),
L'ombre de Samuel apparaissant à Saül
chez la pythonisse d'Endor, c.1668.
Huile sur toile, Musée du Louvre, Paris.
Né à Arenella, près de Naples, le 20 ou le 21 juin 1615, Salvator Rosa se découvre une passion pour la peinture durant ses études au couvent. Il se rend alors en secret auprès de son oncle maternel, Paolo Greco, pour apprendre l'art de peindre, puis, très vite, se rapproche de Francesco Fracanzaro, élève de Ribera, puis de Ribera lui-même. Orphelin de père à 17 ans, il continue son apprentissage auprès du peintre Aniello Falcone. Sur les conseils de Lanfranco, premier de ses pairs à reconnaître son talent, il se rend à Rome en 1735. Là, il étudie avec enthousiasme, jusqu'à ce qu'une mauvaise fièvre le contraigne à retourner à Naples. Après s'être soigné, il retourne à Rome, où il peint sa première grande oeuvre : L'incrédulité de Saint-Thomas. Victime de machinations de la part de ses collègues, il doit retourner à Naples, ce qui ne l'empêche pas de faire sensation à Rome avec une autre de ses toiles. Il y retourne en 1638. Là, il se livre, outre la peinture, à ses autres talents, car Rosa est également écrivain, acteur et musicien. De retour à Naples en 1646, il sympathise peut-être avec la révolte menée par Masaniello, et s'enfuit à Rome. De là, il gagne Florence, y fait connaître et reconnaître son art du paysage, puis de nouveau Rome, où il meurt, le 15 mars 1673.
L'ombre de Samuel apparaissant à Saül chez la pythonisse d'Endor est probablement la dernière toile de ce peintre aventureux. Le fantôme de Samuel, ressucité par des formules nécromantiques, annonce à Saül que c'est David que Dieu a choisi pour roi. L'atmosphère du tableau est à la fois fantastique et lugubre, à cause, principalement, de la silhouette blanche du fantôme qui se dessine sur un fond sombre où grouillent des créatures infernales. La lumière projetée sur les seuls vêtements ajoute encore à cette atmosphère inquiétante et irréelle.
Fasciné par l'inconnu et les mystères de l'esprit, le peintre a souvent trouvé ses sujets de sorcellerie dans les milieux érudits qu'il fréquentait à Naples. Le développement de la magie était directement lié à celui des sciences modernes ou aux pratiques expérimentales permettant d'exalter le génie inventif et Rosa réussit ainsi à saisir la beauté dans la vision de l'horreur. Pré-romantique bien avant l'heure, cette oeuvre n'est pas sans rappeler celles que peindra Füssli... quelques 120 ou 130 ans plus tard.




