Jeudi 14 Decembre 2006
Miracle romain
Par jardinbaroque, Jeudi 14 Decembre 2006 à 18:31 GMT+2 dans Camera reservata
Les restaurations ont parfois du bon. Il a fallu l’intuition et l’acharnement de la chercheuse Andreina Draghi et de son équipe de restaurateurs pour qu’au bout de neuf ans de travail, des fresques datant de la première moitié du XIIIe siècle soient débarrassées des 830m² d’enduit et de faux marbre et révèlent ainsi leur beauté.
Le monastère des Quatre Saints Couronnés (Santi Quattro Coronati), à Rome, était, jusqu’ici connu pour son cloître et les fresques de sa chapelle Saint Sylvestre. Il fallait avoir le nez très fin pour soupçonner, à l’instar d’Andreina Draghi, et ce dès 1989, les merveilles que recelait la salle dénommée Aula gotica : pas moins de 335m² de fresques, recouvrant parois et voûtes, et représentant les mois, les saisons, les vices et les vertus, le zodiaque, les constellations et les vents.
Une sorte de livres d’heures à portée peut-être politique, puisque soulignant, d’après les spécialistes, la primauté du pape sur l’empereur Frédéric II, aux enluminures richement rehaussées de vert, de bleu, de pourpre et d’or. Une découverte majeure, « une chapelle Sixtine médiévale » de l’aveu enthousiaste des spécialistes.
Outre leur exceptionnelle qualité, ces fresques, datées approximativement des années 1230-1250, remettent en cause bien des certitudes concernant l’histoire de l’art italien du Moyen-Âge, qui, depuis Giorgio Vasari (1511-1574), faisait de Rome un simple satellite de Florence. Selon les déclarations de l’historien d’art Francesco Gandolfo, rapportées dans le Monde daté du 14 décembre 2006, cette découverte « comble un grand vide, car elles ont été réalisées à une époque où les équipes extraordinaires qui travaillaient à Subiaco et à Anagni ne semblaient pas l’avoir fait à Rome. […] On savait que le XIIIe siècle parlait toscan, la langue de Cimabue et de Giotto […] Nous savons maintenant pourquoi Cimabue est venu à Rome en 1272. »
La salle, sous la responsabilité des sœurs augustines, sera ouverte au public à partir de mars 2007, deux fois par semaine, et sur rendez-vous.




