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Tombés du ciel

Charles Le Brun, La chute des anges rebelles, après 1680

Charles LE BRUN (1619-1990)
La chute des anges rebelles, après 1680.
Huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Dijon.

Charles Le Brun, fils de sculpteur, naît à Paris en 1619. Il rentre, sous la protection du chancelier Séguier, à l'atelier de Simon Vouet en 1633, où il subira également l'influence de François Perrier. Son ambition et son talent lui permettent de se constituer une clientèle prestigieuse dès l'âge de vingt ans. Richelieu, notamment, lui commande Diomède et Hercule. En 1642, Séguier l'envoie à Rome afin le mettre au contact des grands artistes européens de l'époque et de lui permettre d'étudier les sculpteurs classiques et la peinture ancienne et moderne. Il y passe quatre ans en compagnie de Nicolas Poussin, dont il fera son maître.
De retour à Paris, il accumule les commandes, notamment les plafonds peints. Le surintendant des finances, Nicolas Fouquet, lui confie la réalisation des sculptures des jardins et des tapisseries du château de Vaux-le-Vicomte. Avec Philippe de Champaigne, il obtient du roi la fondation de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture en 1648. Après la disgrâce de Fouquet, il rejoint, à la demande du Cardinal de Mazarin, André le Nôtre et Louis Le Vau pour former l'équipe charger de transformer le pavillon de chasse de Louis XIII à Versailles en château. Nommé premier peintre royal, il devient directeur de la Manufacture royale des Gobelins en 1663 et chancelier à vie de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Il s'impliquera personnellement, pendant 14 années, dans la réalisation de l'Escalier des Ambassadeurs (1674-1678) détruit en 1752 ainsi que dans celle de la Galerie des Glaces (1678-1684) et des Salons de la Guerre et de la Paix (1684-1687). La mort de Colbert, en 1683, donnera à son rival Mignard l'occasion de le supplanter auprès du roi. Bien que toujours responsable de « l'art officiel » dont il est le créateur, il ne peindra plus que des toiles d'art religieux jusqu'à sa mort, en 1690.

Peintre officiel, Le Brun utilise à loisir tous les ressorts de l’allégorie pour mieux célébrer la gloire du roi, prince parfait représentant l’aboutissement de ceux qui l’ont précédé. L’artiste prône, en outre, la prédominance du dessin sur la couleur, débat qui agita considérablement les peintres à la fin du XVIIe siècle. Cette Chute des anges rebelles, inachevée en 1680, était prévue à l’origine pour la Chapelle royale de Versailles, et apporte des nuances à la position tranchée de Le Brun. Elle opère, en effet, une synthèse remarquable entre couleur et dessin, et doit, au fond, plus à Rubens qu’à Poussin. Elle permet également à Le Brun, qui s’en détourna au profit d’un classicisme de bon aloi et, disons-le, quelque peu figé, de renouer en partie avec quelques-uns des éléments les plus évidents du style baroque; ici, même si la grandeur toute classique impressionne, c’est le mouvement qui est roi. Tout est spirale, de la cascade des anges qui occupe tout le centre de la toile aux mouvements mêmes des corps qui la composent. Comme si, quelques années avant sa mort, le peintre avait souhaité figer en un tableau une sorte d’absolu de tout ce qu’il lui avait été donné d’apprendre en y mêlant l’expérience d’une vie passée à dessiner la légende du plus solaire des rois.

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