Jeudi 14 Decembre 2006
Jusqu'aux Enfers
Par jardinbaroque, Jeudi 14 Decembre 2006 à 22:11 GMT+2 dans Camera reservata

François PERRIER (entre 1590 et 1600-1650)
Orphée devant Pluton et Proserpine, c. 1647-1650.
Huile sur toile, Paris, Musée du Louvre.
François Perrier naît en Bourgogne (ou à Pontarlier ?) entre 1590 et 1600. On ignore tout de ses années de formation, qui se déroulent peut-être à Lyon au près d’Horace Le Blanc (c.1580-1637), rentré de Rome en 1610. Il part lui-même pour Rome avant 1625, où il rencontre le peintre Giovanni Lanfranco (1582-1647), grand décorateur baroque, avec lequel il travaille entre 1625 et 1627, alors que ce dernier peint le dôme de San Andrea della Valle. De retour en France, après un bref séjour à Lyon, il se fixe à Paris en 1630 et travaille aux côtés de Simon Vouet. Son influence est déterminante sur le très jeune Charles Le Brun qui est son élève dans les années 1632-1634. François Perrier repart pour Rome en 1635, y demeure dix ans publie, en 1638, un recueil de cent planches à l’eau-forte sur la statuaire romaine, et travaille à la décoration du palais Peretti. En 1645, de retour à Paris, il peint la voûte de la galerie de l’hôtel de La Vrillière, dont il ne subsiste qu’une copie, et le Cabinet de l’amour de l’hôtel Lambert aux côtés d’Eustache Le Sueur. En 1648, il est l’un des douze fondateurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Il meurt à Paris en 1650.
François Perrier recherche, dans ses compositions, des effets plus dramatiques que ceux de Simon Vouet. Ayant faite sienne la manière de Giovanni Lanfranco, il introduit en France un style décoratif d’influence nettement romaine, empli d’une certaine solennité. C’est ce qu’illustre cet Orphée devant Pluton et Proserpine, où le musicien, étonnamment musculeux, dont la lira da braccio (« lyre de bras », un des lointains ancêtres du violon) est soutenue par un putto à carquois symbolisant l’amour, tente de fléchir les divinités infernales afin qu’elles lui rendent Eurydice. Le maître des Enfers, dont le pied repose sur un Cerbère déjà charmé, semble nostalgique, tandis que Proserpine se laisse gagner par une fascination perceptible, presque charnelle, ce que semble évoquer son sein découvert. Le peintre choisit de représenter une scène dont l’issue est encore incertaine, ce qui en accroît la tension dramatique, et tente surtout de décrire comment le pouvoir de la musique et du chant gagne petit à petit l’âme.




