Lundi 18 Decembre 2006
Vers l'éternité
Par jardinbaroque, Lundi 18 Decembre 2006 à 23:04 GMT+2 dans Camera reservata

Michel DORIGNY (1616/17-1665)
La crucifixion (date non précisée, c.1650?).
Huile sur toile, Paris, Musée du Louvre.
Michel Dorigny naît en 1616/17 à Saint Quentin (Aisne). Il a pour maître Simon Vouet, dont il épouse la fille, Jeanne-Angélique, en 1648. Il décore, entre 1648 et 1654, sous la direction de Vouet, l’hôtel particulier que Louis Hesselin s’est fait construire sur l’île Saint-Louis. Graveur émérite, il s’attache à perpétuer le souvenir et l’œuvre de Vouet en gravant, après la mort du maître, ses tableaux les plus remarquables (certains de ceux-ci ne nous sont connus que par les gravures de Dorigny, les originaux ayant disparu). Il meurt à Paris en 1665.
La Crucifixion présentée ici se souvient bien sûr de Simon Vouet dans le traitement des formes et des couleurs, avec cette volonté toute baroque d’opposer les teintes vives des vêtements et les nuances de marron et le noir du fond, faisant clairement naître un sentiment de tension. Peut-on cependant parler ici de tragique ? Le sujet l’est certes, mais la façon dont Dorigny le traite n’exalte pas sa violence. Il y a de l’affliction, le sentiment de l’irréparable en train de s’accomplir, comme le montrent les visages et les postures de Marie et de Jean au pied de la croix, mais pas ce sentiment de déchirement intence qui marque d’autres représentations de la crucifixion.
Ce qui est, en revanche, particulièrement remarquable ici, c’est le sentiment de stupeur qui se lit sur nombre de visages, celui-ci, se mêlant, sur le visage du Christ, à un ineffable sourire, à peine esquissé, mais souligné par des yeux qui regardent obstinément vers le haut, vers le ciel où flottent des anges, et, de surcroît, mis en valeur par l’auréole dorée qui nimbe de lumière la face du prophète. Bien au-delà de la mort affreuse d’un homme, Dorigny semble s’être attaché à peindre l’espérance en la résurrection, en la rendant presque palpable sur le visage d’un crucifié qui semble étonné et encore un peu incrédule face au Paradis qu’il entrevoit aux ultimes moments de son supplice, mais vers lequel il aspire de toute son âme. Tandis qu’à ses pieds s’agitent vainement les armes et les passions humaines, lui est déjà ailleurs, plus haut, détaché, éternel.



