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Féline caresse

Je dédie, avec un affectueux clin d'oeil, cet article à Vking.

Giovanni Lanfranco, Jeune homme au chat

Giovanni LANFRANCO (1582-1647)
Jeune homme au chat, 1620.
Huile sur toile, Londres, Walpole Galery.

Giovanni Lanfranco naît à Parme en 1582, au sein d’une famille d’artisans. Il est placé très jeune auprès du comte Orazio Scotti di Piacenza en qualité de page, et commence son apprentissage dans l’atelier d’Agostino Carracci (1557-1602) qui peint, à cette époque, les plafonds du palais ducal pour Ranuccio I Farnese. A la mort de ce premier maître, Lanfranco rejoint Rome et l’équipe d’Annibale Carracci (1560-1609, frère du précédent), en train de mettre la dernière main à la fresque mythologique de la galerie du Palazzo Farnese. Dès 1605, à la faveur de la maladie de Carracci (qui mourra fou quatre ans plus tard) et grâce à la protection du cardinal Odoardo, Lanfranco s’émancipe et obtient ses premières commandes. A la mort du deuxième des Carracci, il retourne néanmoins à Parme pour environ deux ans, et s’y imprègne du style émilien (Corregio, Guido Reni…) tout en continuant à travailler. Fin 1612, il retourne à Rome accompagné d’autres élèves des Carracci, dont Domenichino (1581-1641), auquel l’opposera une farouche rivalité. Les commandes ne manquent pas; Lanfranco peint, entre autres, au Palazzo Mattei, à l’église Sant’Agostino, à la villa Borghese, et devient, en peu d’années, un artiste prééminent de la cour du pape Paul V, s’octroyant les plus belles commandes, ce qui lui sera souvent reproché. Le successeur de Paul V, Grégoire XV, ne prise, en revanche, que peu l’art de Lanfranco, auquel il préfère Guercino et Domenichino, mais ceci n’empêche en rien l’artiste de peindre, entre 1620 et 1627, ce qui reste un de ses sommets : le dôme de Sant'Andrea della Valle. Pour l’anecdote, un de ses apprentis d’alors se nomme François Perrier. Le successeur de Grégoire XV, Urbain VIII, lui commande plusieurs œuvres, qui lui valent d’être fait chevalier de l’ordre du Christ en 1628, puis prince de l’Académie de Saint Luc (la guilde des artistes romains) en 1631. De 1634 à 1646, Lanfranco se rend à Naples où il décore le monastère San Martino, la tribune et l’abside de l’église des Santi Apostoli et le dôme de la chapelle San Genaro de la cathédrale, laissant ainsi un héritage qui aura une influence déterminante sur les peintres napolitains de la seconde moitié du XVIIe siècle. De retour à Rome, il y meurt en 1647.

Lanfranco, contrairement à son grand rival Domenichino, nettement héritier de Raphaël, est un peintre qui opéra une synthèse entre des influences a priori difficilement conciliables : celles de ses maîtres, les frères Carracci, et celle de Caravage (1571-1610). Ce Jeune homme au chat se situe, tant par son sujet que par son traitement, dans la droite ligne de cette dernière influence. Outre le fait que l’association d’un jeune homme et d’un chat soit relativement peu fréquente dans la peinture de l’époque (le chat est plutôt associé aux jeunes filles), la grâce ambiguë qui émane de ce tableau a donné lieu à bien des rapprochements avec la sensualité trouble des modèles de Caravage, d’autant plus que Lanfranco semble être demeuré célibataire. Aveu déguisé de la pente sensuelle du peintre ? Allégorie de l’hypocrisie des sens et de la séduction (l’image du chat est souvent teintée de duplicité) ? Aucun élément indiscutable ne permet de trancher en faveur de l’une ou l’autre de ces hypothèses.

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