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L'été s'enfuit

Louise Moillon, Coupe de cerises, prunes et melon

Louise MOILLON (1610-1696)
Coupe de cerises, prunes et melon, 1633.
Huile sur panneau, Paris, Musée du Louvre.

Louise Moillon naît à Paris en 1610, dans une famille de peintres protestants. Son père, Nicolas, semble avoir été son premier professeur. Un an après sa mort, survenue en 1619, sa veuve se remarie avec François Garnier, peintre de natures mortes protestant et marchand de tableaux lié au milieu de Saint-Germain des Prés, dont l’état de « bourgeois de Paris » peut indiquer une situation aisée. C’est lui qui sera le second maître de Louise. A la mort de sa mère, en 1630, elle a déjà peint un certain nombre de natures mortes, corbeilles et plats de fruits, étalages de légumes, activité qu’elle poursuit activement jusqu’en 1640, année où elle épouse Etienne Girardot de Chancourt, marchand de bois issu d’une famille bourguignonne protestante, puis, de façon plus distendue, jusqu’en 1682. En 1685, l’Edit de Fontainebleau révoque l’Edit de Nantes, et fait plonger la famille de Louise Moillon dans une période troublée et douloureuse : menaces, dragonnades, emprisonnement de son mari en 1686. Un de ses enfants, au moins, est placé dans une institution réservée aux jeunes enfants convertis de force au catholicisme, deux s’enfuient en Angleterre. Demeurée fidèle à sa foi, elle meurt à Paris en 1696.

Louise Moillon n’a peint que des natures mortes, en leur adjoignant parfois, avec, il est vrai, moins de bonheur, des figures comme dans la Marchande de fruits et de légumes (1630) conservée au Musée du Louvre. Cette composition de cerises, prunes et melon illustre bien la manière du peintre, par sa sobriété, née d’un choix de couleurs volontairement restreint et d’un décor réduit au strict minimum (une coupe, une table, un arrière plan noyé dans la pénombre), mais aussi par l’acuité du regard qu’elle porte sur son sujet, notamment à la texture des fruits qu’elle représente. Ayant, semble-t-il, parfaitement assimilé les leçons de ses collègues flamands et hollandais, elle se tiendra fidèlement, d’un tableau à l’autre, aux principes des peintres de la Réalité, fuyant tout effet décoratif et toute surcharge, ce refus de l’ostentation faisant peut-être écho à ses convictions religieuses. Cette approche dépouillée, d’apparence presque fruste mais d’un sens du détail remarquable, est, en quelque sorte, sa signature et fait de son œuvre, où l’on peut voir une annonce de l’art que Chardin (né en 1699) portera à un degré suprême de raffinement au siècle suivant, une sorte de confidence, dont l’imperceptible chuchotis est la trame même du quotidien, dont la représentation rend étrangement sensible la mélancolie née de l’imperceptible mais inexorable fuite du temps.

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