Samedi 23 Decembre 2006
Lumineux et fragile
Par jardinbaroque, Samedi 23 Decembre 2006 à 23:35 GMT+2 dans Camera reservata

Sébastien STOSKOPFF (1597-1657)
Nature morte à la corbeille de verres, 1644.
Huile sur toile, Strasbourg, Musée de l'Œuvre Notre-Dame.
Sébastien Stoskopff naît à Strasbourg en 1597, dans une famille de la petite bourgeoisie. Son père occupe les fonctions de courrier diplomatique pour l’administration locale. Son fils montrant des prédispositions certaines pour l’art, il lui cherche un apprentissage en architecture ou en peinture. Il fréquente durant quelques mois l’atelier de Friedrich Brentel (1580-1651) à Strasbourg, avant de se rendre, vers 1614, à Hanau, près de Francfort, auprès de Daniel Soreau (?-1619), grand spécialiste des natures mortes, pour une période d’essai de six mois, qui, compte tenu de ses aptitudes, se prolonge même après la mort de son maître, puisque Stoskopff va travailler avec les fils de Soreau, Isaac et Peter. En 1622, il quitte Hanau pour s’installer à Paris, où il se familiarise avec le style des peintres alors en vogue dans la capitale. La première œuvre de Stoskopff authentifiée avec certitude, une nature morte avec des livres, date de 1625. A la fin des années 1620, il voyage en Italie, où sa présence est attestée en 1629 à Venise. Dès 1630, le voici néanmoins de retour à Paris, où il va demeurer durant une dizaine d’années, même si on sait qu’il se rend, dans le cadre de son travail, à Troyes en 1633. En 1640 ou 1641, il retourne à Strasbourg et s’y marie avec la fille d’un orfèvre. Sa renommée s’accroît à tel point qu’en 1655 son principal commanditaire, Johann von Nassau-Idstein l’accueille chez lui, à Idstein, à une vingtaine de kilomètres au nord de Wiesbaden. C’est là qu’il meurt en 1657.
Stoskopff semble avoir été particulièrement sensible à la transparence du verre, objet qu’il représente fréquemment dans ses toiles, en association avec d’autres. Mais ici, si l’on excepte la table sur laquelle est posée la corbeille d’osier qui les contient, toutes deux suffisamment banales pour en faire presque oublier leur présence, les verres sont l’unique sujet d’étude du peintre. Il n’en présente d’ailleurs pas un service uniforme, mais une sorte de petite collection, où chaque exemplaire semble rivaliser de raffinement. La disposition des verres permet à l’artiste de saisir les infinies variations de la lumière qui s’y reflètent et les traversent, ce qu’il rend, tout comme les plus infimes détails des objets eux-mêmes, avec une éblouissante méticulosité. Une telle composition pourrait être terriblement sèche et abstraite en dépit de sa perfection technique si Stoskopff n’avait pas eu la belle idée de représenter, au premier plan, les fragments d’un verre brisé. Cette image entraîne immédiatement le spectateur vers une réflexion à portée plus nettement morale, car elle symbolise la fugacité et la fragilité non seulement de la beauté mais surtout de la vie, ce bel ouvrage qu’un choc suffit à fracasser. Bien au-delà de la simple représentation du quotidien, Stoskopff, sans user des crânes ou sabliers qu’on y voit fréquemment et que lui-même n’hésite pas à utiliser, peint avec cette corbeille de verres une Vanité d’une absolue transparence.




