jardinbaroque

Jours parfaits



Vallée de la Bruche (Bas-Rhin),
octobre 2006.

Il y a certains jours où le passé danse au plafond en images brèves et précipitées. Comme si l'histoire qui se liquide devait nécessairement se disperser en lambeaux.
Ce matin, le ciel s'est chargé de nuages postés en sentinelles mélancoliques, dont les défenses friables laissent échapper un éventail serré de rayons lumineux. Cette image-ci, vue des milliers de fois, ne lasse jamais. Elle est l'esprit qui flotte sur les premiers jours du monde, la caresse du Très-Haut sur la peau de la terre à peine éclose des eaux. Un fanal d'éternité.
Sarabande de visages s'étirant en formes distordues et menaçantes, la guirlande des jours enfuis ressemble à s'y méprendre à un réseau de barbelés qu'il faut maintenant franchir sans s'y arracher la chair. Les cris, souffrance, jouissance, qui ont résonné sur le chemin hanteront encore longtemps la route à venir, même si leur voix affaiblie n'est plus guère qu'un tissu qui laisse voir sa trame. Ce qu'on laisse derrière soi ne cesse jamais de vivre, même s'il ne nous atteint plus.
Goûter avec autant de lucide appétit les sombres épines d'hier et le miel clair d'aujourd'hui, le fracas des aubes et la douceur des soirs, conscient que rien ne dure définitivement pas plus que quoi que ce soit ne disparaît pour toujours. Même les morts. Surtout eux.
Pour l'heure, se faire vitrail pour laisser, sans résistances, la vie traverser et fluer sans encombre.
Et tisser les silences du fil d'or de nos complicités.
Jours parfaits.

PJ HARVEY, A perfect day Elise, chanson écrite et composée par Polly Jean Harvey, extraite de l'album Is this desire ? P & C 1998 Island records CIDX 8076/524 582-2.

Vos commentaires

1 Le Vendredi 23 Mai 2008 à 22:41 GMT+2, par Jean-Yves

Cette écume de ce jour est si dense qu’elle m’apparaît comme des hiéroglyphes incompréhensibles... assemblage de symboles connus des seuls abonnés dont je ne fais pas partie.

2 Le Samedi 24 Mai 2008 à 00:59 GMT+2, par Chris-Tian Vidal

"A perfect day"? Comme ce Ciel chargé de nuages qui trace en poussières de souvenirs ceux qu'il transporte et que le souvenir devine encore. On perçoit, dans un même mouvement, simultanément, à peine, l'éclaircie ténue et têtue, pourtant imminente.
"la guirlande des jours enfuis ressemble à s'y méprendre à un réseau de barbelés qu'il faut maintenant franchir sans s'y arracher la chair" :
A perfect day!

3 Le Mercredi 28 Mai 2008 à 20:01 GMT+2, par Paul

Cher Jardin, votre chronique est toujours l'assurance d'un "wonderful day" même si souvent s'y dissimulent les impertinentes cruautés du destin. Je sais aussi qu'il ne faut pas suivre l'adage britannique du "Keep your upper lip stiff !" mais dire, écrire, écouter...
Merci de votre cheminement.
Paul

4 Le Mercredi 28 Mai 2008 à 21:22 GMT+2, par Henri-Pierre

Entre complaisance et renoncement se trouve la voie clinique, celle du scalpel de l'âme : lucidité et espérance.

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