jardinbaroque

L'embellie


Caspar David FRIEDRICH (1774-1840),
Deux hommes sur le rivage, c.1835-37.
Sépia et crayon, Saint Petersbourg, Musée de l'Ermitage.

Entre deux moments du temps, un sourire. Il y a là, dedans, quelque chose qui tremble un peu, espoir et crainte. Un courant d'air ténu qui caresse les feuilles de l'arbre de la vie. Un scintillement de possibles qui danse sur un horizon à la fois tangible et lointain. Laisser se poursuivre le grand nettoyage de printemps, ce que les philosophes orientaux appellent « curage de la mare ». Tout d'abord mesurer l'épaisseur de la gangue de vase qui immobilise le mouvement, la prendre ensuite à poignées pour la sentir exactement quitte à en avoir des haut-le-cœur tant, quelquefois, le passé pue, puis, enfin, la rejeter au loin, fardeau inutile, souffrance sans objet. L'ancien monde s'agite encore mais ses soubresauts sont ceux d'un poisson agonisant hors du fleuve.

« As-tu remarqué, comme, jour après jour, l'eau et l'air deviennent plus limpides ? Si tu le souhaites, tu peux même y étancher ta soif. Réalises-tu à quel point, même si l'attente t'a paru interminable, l'aube qui s'annonce peut être radieuse ? Aperçois-tu, là-bas, ce sentier qui monte au travers des forêts et dont les premiers mètres sont déjà une promesse ? Que peut-il, bien y avoir là haut, dans la lumière aveuglante des éternelles neiges ? Va le découvrir par toi-même. Il y a des moments qu'il faut saisir, et celui-ci est peut-être le tien. Tu ne seras pas seul dans ton ascension si tu as su choisir un bon compagnon. Des orages vous attendent peut-être, mais si vous cheminez avec la foi en votre but ancrée au plus profond de vous, vous atteindrez votre but. »

Ne jamais cesser de naître à soi pour pouvoir naître à l'Autre, comprendre que le plus exaltant et le plus difficile des chemins est celui qui nous conduit à lui, qu'il y a dans ce défi quelque chose qui nous reconduit à notre propre origine, la nudité. L'Autre, pas pour ce que nous voulons qu'il soit, pas pour les ombres du passé projetées sur lui, mais pour ce qu'il est, avec les fêlures de son âme et la robustesse de ses épaules. L'accueillir, bras et cœur ouverts. Nul ne connaît la fin de l'histoire. À chacun de la rêver selon son cœur. Aux plus insensés, aux plus courageux d'oser simplement la vivre.

Duffy, Rockferry. Chanson écrite et composée par Duffy et Bernard Butler, extraite de l'album Rockferry. 1 CD A&M records 176 297-5.

Vos commentaires

1 Le Mardi 20 Mai 2008 à 20:47 GMT+2, par Laure

Clin d'oeil pour un coup de coeur!!

2 Le Mercredi 21 Mai 2008 à 00:33 GMT+2, par philippe parichot

Tu vois jardinbaroque (je préfère ne faire référence qu'à ton nom de blog), j'aime bien ce que tu écris, c'est très beau et très sensible, mais ce qui me touche le plus est que tu uses du langage écrit pour parler de ce que tu vois, tu entends, aimes, que tu le rendes au langage, que tu le convertisses en mots pour le partager; indépendamment même d'un avis ou d'un autre, c'est , là , la conscience intime d'un phénomène essentiel qui est devenu aujourd'hui la ligne de partage entre les êtres: la reconnaissance du langage comme lieu du salut et chemin de vraie vie.

3 Le Mercredi 21 Mai 2008 à 07:34 GMT+2, par Jean-Yves

Comme je partage le commentaire précédent : tes mots, Jean-Christophe, sont des voies parallèles au langage officiel et dominant. Si le langage peut parfois tromper, le regard, quelle que soit son ampleur, s'offre d'emblée à l'analyse. Recul, pudeur, censure, tabou… autant de façons de regarder, ne pas trop regarder ou ne pas regarder du tout.
JardinBaroque (le site) c’est aussi tout cela.

4 Le Mercredi 21 Mai 2008 à 10:17 GMT+2, par vking

Je n'aurais pas parié sur la présence de duffy ici même!! ^^

5 Le Mercredi 21 Mai 2008 à 11:56 GMT+2, par Chris-Tian Vidal

Oser vivre et entrer dans les toiles de Friedrich que grâce à toi, j'ai découvertes. Baissez les rideaux et entrez dans le rêve du vivre. Ils ont l'horizon devant eux les deux personnages du tableau. "La vie est un vivant poème".
P.S. : Avant de valider mon commentaire, je vérifie si je sais toujours compter!

6 Le Mercredi 21 Mai 2008 à 19:45 GMT+2, par jardinbaroque

@ Laure : cette découverte musicale, c'est à toi que, d'une certaine façon, je la dois. Merci.
@ Philippe et Jean-Yves : merci de comprendre si justement la façon dont je fonctionne et de savoir débusquer tout ce que je dis dans tout ce que je ne dis pas ou autrement.
@ Vking : tu vois, même au bout de tant d'années de parcours commun, je te réserve encore quelques surprises ;-) !
@ Chris-Tian : oui, ces deux personnages ont un horizon infini devant eux, celui de tous les possibles.

7 Le Jeudi 22 Mai 2008 à 19:08 GMT+2, par Henri-Pierre

"Ne jamais cesser de naître à soi pour pouvoir naître à l'Autre..."
Oui, en finir avec cette propension naturelle à vouloir que l'autre réponde à nos attentes.
Arrêter de réifier l'autre en pantin de nos propres désirs.
savoir s'évoluer (néologisme librement consenti) pour évoluer avec l'autre.
Plus de rupture, plus de divorce, mais un accord indestructible.

8 Le Jeudi 22 Mai 2008 à 19:09 GMT+2, par Henri-Pierre

Je reviens : Lantara et Friedrich, te rends-tu compte à quel point tu me combles ?

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