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Pour demain ?

Aux promesses.


Provenchères sur Fave, Vosges, mai 2007.

Des lointains, des si lointains j'accours, ami, vers toi,
le plus cher. Mes pas ont dépecé l'horrible espace entre nous.

De longtemps nos pensers n'habitaient plus le même instant
du monde : les voici à nouveau sous les mêmes influx, pénétrés
des mêmes rayons.

Tu ne réponds pas. Tu observes. Qu'ai-je déjà commis d'inopportun ?
Sommes-nous bien réunis : est-ce bien toi, le plus cher ?
Nos yeux se sont manqués. Nos gestes n'ont plus de symétrie.
Nous nous épions à la dérobée comme des inconnus ou des chiens
qui vont mordre.

Quelque chose nous sépare. Notre vieille amitié se tient entre
nous comme un mort étranglé par nous. Nous la portons d'un commun
fardeau, lourde et froide.

Ha ! Hardiment retuons-la ! Et pour les heures naissantes,
prudemment composons une vivace et nouvelle amitié.

Le voulez-vous, Ô mon nouvel ami, frère de mon âme future ?

Victor SEGALEN (1878-1919),
Des lointains (Stèles, 1912).


Musique :

Maurice RAVEL (1875-1937),
Ma Mère l'Oye
, ballet (1908-1910, orchestration 1911) :
Apothéose : Le Jardin Féerique. Lent et grave.

London Symphony Orchestra.
Claudio ABBADO, direction.

Boléro, Rapsodie Espagnole, Ma Mère l'Oye, Pavane pour une Infante Défunte. 1 CD Deutsche Grammophon 415 972-2.

Vos commentaires

1 Le Mercredi 7 Mai 2008 à 19:36 GMT+2, par Chris-Tian Vidal

Segalen le voyageur, a donc posé sa valise?
O, sa dernière interrogation n'est sans doute qu'oratoire, Jardin!
Jardin, à la lecture du poème de Victor Segalen, à ce Ciel bleu de nuages immaculés, à la force du dernier thème musical de ton partage, je t'offre ces vers de François Cheng:
"De proche en proche
De loin en loin
Nos appels franchissent les passes de l'automne
Abordent la voie suprême
des oies sauvages"
P.S. : Tu remarqueras, Jardin, que François Cheng ne ponctue pas... " La voie suprême / des oies sauvages".

2 Le Mercredi 7 Mai 2008 à 20:05 GMT+2, par Jean-Yves

Victor Segalen parle d’amitié. Et si l'amitié n'était que de l'amour bien exprimé ? Car on sait bien que tout amoureux bafouille. Alors, relisons ce poème avec le mot « amour »…

3 Le Jeudi 8 Mai 2008 à 12:36 GMT+2, par Laure

L'amitié est plus qu'une promesse, une certitude. Voici MDV
.."Tu m'as connue au temps des roses,
Quand les colombes sont écloses ;
Tes yeux alors pleins de soleil
Ont brillé sur mon teint vermeil.
Souriant à ma destinée,
Par ta douce force entraînée,
Je ne t'aimai pas à demi,
Mon jeune ami, mon seul ami !

À l'étonnement de nos âmes
Tout jetait des fleurs et des flammes ;
Une feuille, un bruit de roseaux
Nous semblaient des hymnes d'oiseaux.
Quand ce beau temps sur notre tête
Sonnait à chaque heure une fête,
Nous n'étions mortels qu'à demi,
Mon jeune ami, mon seul ami !"...

4 Le Jeudi 8 Mai 2008 à 13:06 GMT+2, par Chris-Tian Vidal

O la douce Marceline Desbordes-Valmores!
Si peu connue! Trop peu connue!
Merci, Laure, de ce poème.
Ce blog est un enchantement, savamment, patiemment et gracieusement cultivé par Jardin.

5 Le Samedi 10 Mai 2008 à 20:38 GMT+2, par Laure

Merci à toi Chris-Tian de réagir ainsi à cette poétesse, je suis si triste qu'elle ne soit pas connue de nos contemporains. Il s'agit sans doute d'une des meilleures et je désespère de la faire connaître...Mère, amie, amante, elle est toujours si juste, si parfaite dans le choix de ses mots, voici un extrait de "Le Réveil", torride!
"Sur ce lit de roseaux puis-je dormir encore ?
Je sens l'air embaumé courir autour de toi ;
Ta bouche est une fleur dont le parfum dévore :
Approche, ô mon trésor, et ne brûle que moi.
Éveille, éveille-toi !
Mais ce souffle d'amour, ce baiser que j'envie,
Sur tes lèvres encor je n'ose le ravir ;
Accordé par ton coeur, il doublera ma vie.
Ton sommeil se prolonge, et tu me fais mourir :
Je n'ose le ravir."...

6 Le Samedi 10 Mai 2008 à 20:51 GMT+2, par Chris-Tian Vidal

J'ai eu la chance de découvrir cette poétesse par l'un de mes professeurs d'université mais à la fin de mes études, seulement... Il est vrai et c'est dommage qu'elle ne figure pas dans les anthologies littéraires mais c'en est ainsi de bien des talents qui ont été éclipsés par de plus fortes voix viriles.
Le choix de ton poème est sublime, Laure.
Ce blog peut être justement l'occasion de donner vie à ces talents que les "pontes" ont oubliés.
Merci, encore, Laure.

7 Le Mardi 13 Mai 2008 à 17:42 GMT+2, par Henri-Pierre

Quel que soit le nom que l'on donne au couple, amour, amitié ou affection, il ne faut rien tenir pour acquis, ne s'endormir sur aucun confort, se réinventer et tout remettre en cause, tuer l'hier est pouvoir vivre le demain.
Le coq de ce clocher vosgien a claironné bien des renaissances sur les décombres de la veille.

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