jardinbaroque

Allée de l'Europe

Dans tout jardin, cher Jean-Yves, sinuent différentes allées parfois pleines de surprises. À toi qui as peuplé le tien de mots choisis, j'offre cette première sente musicale en espérant que tu y prendras plaisir.


Gerrit von HONTHORST (1590-1656),
Musiciens au balcon
, 1622.
Fresque, collection privée.

Il m'a souvent été demandé, ici et là, quel était le meilleur moyen de faire connaissance avec la musique classique en général et celle de l'âge baroque en particulier. Il est vrai que l'abondance de références a de quoi désarçonner ceux qui se lanceraient dans cette aventure sans un minimum d'aide. Plutôt que renvoyer ces requêtes à la jungle de sites plus ou moins spécialisés, j'ai décidé de publier une série de dix billets, sans autre prétention que celle de baliser un tant soit peu le terrain. Les principes en seront simples : choisir, entre 1600 et 1750, un compositeur représentatif d'un moment du temps ou d'un genre, le situer brièvement dans son époque, tenter de donner quelques éclaircissements sur les particularités de son style et proposer un ou deux extraits caractéristiques de sa musique. Volontairement, j'ai choisi de ne pas retenir, dans le cadre de ce parcours, de musiciens célèbres, dont la discographie généralement pléthorique et souvent correctement documentée se prête mal à ce type d'exercice, par essence délicat. C'est donc au travers de compositeurs moins honorés par la postérité que je vous propose, dans les semaines à venir, de faire plus ample connaissance avec l'univers de cette musique que l'on dit baroque. J'espère que ce petit voyage temporel donnera aux néophytes l'envie d'en savoir et d'en entendre plus, voire qu'il offrira quelques découvertes à ceux pour qui cet univers est déjà quelque peu familier. N'hésitez pas, les uns comme les autres, à me faire part de vos réactions et à me contacter (au moyen du bouton « contacter l'auteur » en bas de page) si vous souhaitez des précisions sur tel ou tel point, ou d'autres pistes d'écoute.

Italien de naissance, Giuseppe Antonio Brescianello (c.1690-1758) arrive, de Venise, à Munich en 1715, rejoint Stuttgart en 1716 où, l'année suivante, il est nommé directeur de la musique de la Cour du grand-duc de Wurtemberg. En dépit des oppositions, dont celle de Reinhard Keiser (1674-1739, directeur un temps du prestigieux opéra de Hambourg), Brescianello sera nommé maître de chapelle en 1731, publiera un seul recueil de ses œuvres (Concerti et Sinphonie op.1, 1738) et mourra à Stuttgart en 1758.

Longtemps ignoré des histoires de la musique, Brescianello n'en demeure pas moins un représentant tout à fait typique et talentueux du vermischter Stil (« style mêlé ») qui marque les compositions de plus illustres de ses contemporains, tels Johann Sebastian Bach (1685-1750) ou Georg Philipp Telemann (1681-1767). Synthèse d'éléments italiens (fluidité mélodique), français (emploi des rythmes pointés) et germaniques (usage de la fugue), sa musique avoue, entre autres, l'influence d'Antonio Vivaldi (1678-1741) et de Georg Muffat (1653-1704). Tour à tout sensuelles, virtuoses ou mélancoliques, ses compositions dénotent une maîtrise d'écriture certaine ainsi qu'un sens de l'avancée rythmique et de la théâtralisation remarquables. L'interprétation qu'en donne le jeune ensemble La Cetra est un feu d'artifice d'intelligence et de couleurs.

Giuseppe Antonio BRESCIANELLO (c.1690-1758) : Concerti, Sinfonie, Ouverture.

La Cetra Barockorchester Basel.
David Plantier (premier violon) & Vaclav Luks (clavecin), direction.

1 CD Harmonia Mundi HMC 905262.


Extraits proposés
 :

Ouverture en sol mineur, pour deux hautbois, deux violons, alto et basse continue :
Ouverture - Fuga

Concerto n°4 en mi mineur, pour violon, cordes et basse continue (Concerti et Sinphonie op.1, Amsterdam, 1738) : 2ème mouvement : Adagio : Piano e staccato

 
Pour approfondir :

Si le vermischter Stil a éveillé votre curiosité, s'il a su vous séduire, je vous conseille de découvrir une très remarquable anthologie, récemment publiée et recommandable en tous points, qu'il s'agisse des compositeurs retenus ou de la qualité de l'interprétation. Justement intitulé L'Harmonie des Nations, ce disque, en un peu plus d'une heure, permet un tour d'horizon dense et passionnant de ce courant, qu'il s'agisse de la génération des « précurseurs » (Muffat) ou de celle des « suiveurs » (Pez, 1664-1716, ou Dall'Abacco, 1675-1742).

L'Harmonie des Nations, musique européenne à la Cour de Bavière. Stylus Phantasticus. 1 CD Accent ACC 24200.

Vos commentaires

1 Le Dimanche 30 Mars 2008 à 22:15 GMT+2, par Jean-Yves

Merci, tout d’abord, cher Jean-Christophe, de ta dédicace pour commencer mon initiation.
La fresque en trompe l’œil qui initie cette première séquence est appropriée pour dire mon émerveillement à les découvrir. Assis en contrebas, mes oreilles peuvent s’ouvrir et ma pensée naviguer en écoutant tes extraits que les musiciens au balcon s’apprêtent à jouer…
- L’Ouverture en sol mineur me plonge dans l’atmosphère – telle que je me l’imagine – d’un théâtre du XVIIe/XVIIIe, avant le lever du rideau, ou, dans un entracte.
- Le Concerto n°4 en mi mineur, j’aimerais l’entendre, seul, toujours dans ce même théâtre, une fois le public totalement retiré, pour accompagner ce lieu à retrouver son calme, sa magie. Et pour que les différents fantômes y récupèrent leur sérénité.
Merci.

2 Le Mercredi 2 Avril 2008 à 10:10 GMT+2, par venezia

J'ai le privilège de connaître depuis un moment déjà Brescianello, et à l'époque où tu me l'avais fait découvert, avec cet enregistrement déjà j'en avais été émerveillé. Alors tu imagines le plaisir que j'ai aujourd'hui à le redécouvrir en illustration du chemin baroque auquel tu nous convie. Ma curiosité est d'autant plus aux aguets de découvrir le prochain compositeur que tu vas choisir pour notre initiation. J'ai bien noté pour ce 1er billet, toutes les influences que l'on retrouve dans cette musique baroque, une musique sans frontières et ouverte à tous dés lors que notre oreille reste ouverte et se laisse imprégner; Merci à toi pour ce temps que tu nous consacre et que je sais si précieux en ce moment, et que malgré tout tu trouve pour nous transmettre ce qui fait ton oxygène au quotidien

3 Le Jeudi 3 Avril 2008 à 12:40 GMT+2, par vking

Par un hasard fortuit, j'ai écouté une semaine avant la parution de ton billet, cet album magnifique!! ;-)

4 Le Jeudi 3 Avril 2008 à 23:06 GMT+2, par philippe

L'adagio est magnifique. Comme tu le dis si bien, cher jardinbaroque, BRESCIANELLO avoue Venise et Vivaldi. C'est du bonheur à l'état pur; trois notes et je suis devant San Giorgio et l'eau vient jouer sur les marches de l'église, il y a du vent.
C'est beau comme de découvrir une œuvre oubliée du prêtre roux.

Ton idée de la série de billets est excellente, et cela me donne envie, moi aussi, de revenir au plaisir de faire partager des découvertes musicales, car c'est une des très belles occupations auxquelles peut se livrer un blog.

Pour ma part - mais ce n'est qu'une remarque- j'aimerais lire tes propres mots sur ce qui te plait dans une partie de musique ( ici "fluidité mélodique" est très bien, mais si court, si conventionnel ) et non seulement des références culturelles.

Mais je comprends aussi la pudeur du parti pris inverse.

Avec affection.

5 Le Jeudi 10 Avril 2008 à 16:33 GMT+2, par Henri-Pierre

"vermischter" aurait'il la même racine que "vermiculé" c'est à dire ces dessins à priori confus mais parfaitement organisés comme le sillage des vers ?
Cela me plaît à croire, car cette crainte de la ligne droite des certitudes qui étouffe les sinuosités anxieuses des questionnements me semble être l'essence même du Baroque.
Quelle belle initiative jardin B. Pour notre plus grand bonheur.

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