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L'autre est un souvenir

Louis Ammy BLANC (1810-1885),
Portrait de jeune fille, 1835.
Huile sur toile, Cologne, Wallraf-Richartz-Museum.

 

Ich denke dein, wenn sich im Blütenregen
Der Frühling malt,
Und wenn des Sommers mildgereifter Segen
In Ähren strahlt.

Ich denke dein, wenn sich das Weltmeer tönend
Gen Himmel hebt,
Und vor der Wogen Wut das Ufer stöhnend
Zurücke bebt.

Ich denke dein, wenn sich Abend rötend
Im Hain verliert,
Und Philomelens Klage leise flötend
Die Seele rührt.

Beim trüben Lampenschein in bittren Leiden
Gedacht ich dein ;
Die bange Seele flehte nah am Scheiden :
« Gedenke mein ! »

Ich denke dein, bis wehende Zypressen
Mein Grab umziehn ;
Und auch in Tempes Hain soll unvergessen
Dein Name blühn.

Sophie Christiane Friederike BRUN (1765-1835),
Ich denke dein
(écrit en 1792, publié en 1795).

[Je pense à toi quand, dans une pluie de pétales,
Le printemps se fait peintre,
Et que rayonnent en doux épis mûris
Les dons de l'été prodigue.

Je pense à toi quand la mer du monde se soulève
À grand bruit et monte vers le ciel,
Et que la rive recule en gémissant, tremblante,
Devant la fureur des flots.

Je pense à toi lorsque le soir rougissant
Se perd dans le bois,
Et qu'à douce voix de flûte la plaintive Philomèle
Émeut notre âme.

Au faible halo de ma lampe, au milieu des peines amères,
J'ai pensé à toi ;
Mon âme anxieuse suppliait au bord du départir :
« Souviens-toi de moi ! »

Je penserai à toi jusqu'au jour où les cyprès ondoyants
Entoureront ma tombe ;
Et qu'aux bois de Tempé même, inoublié,
Ton nom fleurisse.

Traduction de Jean-Pierre Lefebvre.]


Musique
 :

Joseph HAYDN (1732-1809),
The Spirit's Song
, lied en fa mineur, Hob.XXVIa :41 (1800)

Texte d'Anne Hunter.

Anne Sofie von OTTER, mezzo-soprano.
Melvyn TAN, pianoforte (d'après l'école viennoise) de Salvatore Lagrassa, Palerme, c.1815.

Mozart et Haydn : Songs & Canzonettas. 1 CD Archiv produktion 447 106-2.


[Texte chanté et traduction :

Hark ! what I tell to thee,
Nor sorrow o'er the tomb;
My spirit wanders free,
And waits till thine shall come.

All pensive and alone,
I see thee sit and weep,
Thy head upon the stone
Where my cold ashes sleep.

I watch thy speaking eyes,
And mark each falling tear;
I catch thy passing sighs,
Ere they are lost in the air.


Écoute ce que je te dis !
Ne t'afflige pas sur ma tombe ;
Mon esprit erre librement
Et attend que vienne le tien.

Toute pensive et solitaire,
Je te vois assise et en larmes,
La tête posée sur la pierre
Où ma cendre froide repose.

Je guette tes yeux éloquents,
Note chaque larme qui coule ;
J'attrape tes soupirs qui passent
Avant qu'ils se perdent dans l'air.
]

Vos commentaires

1 Le Jeudi 13 Mars 2008 à 09:28 GMT+2, par davidnonoise

tu as du voir que je suis parti de mabulle mais je suis tjr la en meme temps a visité mes blog favoris.
tiens je ne sais pas si tu connais le parfum comme film, et bien la .b.o devrait te plaire!

2 Le Jeudi 13 Mars 2008 à 17:22 GMT+2, par Henri-Pierre

Le regard perdu d'une jeune beauté au teint de consomption, les trilles de Philomèle le rossignol et une émotion de femme qui prend la nature à témoin de ses émotions. Plus Haydn.
Romantisme avez-vous dit ?

3 Le Jeudi 13 Mars 2008 à 20:44 GMT+2, par Laure

Je te félicite, la traduction est (presque) aussi belle que le texte....

4 Le Jeudi 13 Mars 2008 à 21:44 GMT+2, par Briesing

Quelle merveille d'interprétation !

5 Le Jeudi 13 Mars 2008 à 23:10 GMT+2, par Jean-Yves

Réveil des fantômes
Fuite de soi-même
Eternel inconsolé

6 Le Dimanche 16 Mars 2008 à 17:50 GMT+2, par jos_ti

Superbe...

7 Le Vendredi 28 Mars 2008 à 13:00 GMT+2, par Henri-Pierre

Cette languide beauté est une Circé, la fascination qui en émane sans cesse au retour nous rappelle.
Détails de costume qui infirment ce que je te disais au téléphone : la robe est bien 1835 au moment où les énormes coussinets qui donnaient du volume aux manches commençaient à s'assagir.
C'est cet air de romantisme aux références historiques comme la coiffure très "renaissance italienne" et la modestie blanche de la robe qui nous renvoie aux "tassels" du quinzième siècle burgondo-flamand, qui m'avait amené à situer la Belle une décennie avant.

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