jardinbaroque

La vie est l'oeuvre

Pour Julien.


Jean Théophile SCHULER (Strasbourg, 1821 - Neufchâtel, 1878),
Erwin von Steinbach
(détail), 1846.
Huile sur toile et fond d'or, Strasbourg, Musée des Beaux-Arts.

Erwin von Steinbach, mort en janvier 1318, était considéré par Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) comme l'auteur de l'architecture de la cathédrale de Strasbourg. C'est au célèbre poète romantique qui l'a chantée que le maître, qui n'est, historiquement, responsable que d'une partie de la cathédrale, doit sa fabuleuse renommée posthume.

Werkleute sind wir : Knappen, Jünger, Meister,
und bauen dich, du hohes Mittelschiff.
Und manchmal kommt ein ernster Hergereister,
geht wie ein Glanz durch unsre hundert Geister
und zeigt uns zitternd einen neuen Griff.

Wir steigen in die wiegenden Gerüste,
in unsern Händen hängt der Hammer schwer,
bis eine Stunde uns die Stirnen küßte,
die strahlend und als ob sie Alles wüßte
vor dir kommt, wie der Wind vom Meer.

Dann ist ein Hallen von dem vielen Hämmern
und durch die Berge geht es Stoß um Stoß.
Erst wenn es dunkelt lassen wir dich los :
Und deine kommenden Konturen dämmern.

Gott, du bist groß.

Berlin-Schmargendorf, 26. September 1899.

Rainer Maria RILKE (1875-1926),
Das Stundenbuch
(publié en 1905).

[Nous sommes gens d'ouvrage : apprentis, compagnons, maîtres,
et nous te construisons, toi, haute et grande nef.
Parfois, venu d'ailleurs, un voyageur austère
nous rejoint, comme un éclair dans nos cent esprits,
et nous montre en tremblant un nouveau coup de main.

Nous grimpons dans les échafaudages mouvants,
le marteau dans nos mains pèse lourdement,
jusqu'à ce qu'une heure nous baise le front,
qui de toi, rayonnante, et comme omnisciente,
nous vient, comme le vent arrive de la mer.

Puis retentit l'écho d'innombrables marteaux,
répercuté par les montagnes coup pour coup.
Et nous ne te lâchons que lorsque le jour tombe,
que tes contours futurs entrent en crépuscule.

Dieu, tu es grand.

Traduction (revue par mes soins) de Jean-Pierre Lefebvre.]


Musique
 :

Anton BRUCKNER (1824-1896),
Symphonie en ré mineur « die Nullte »
[n°0] (1869) :
Finale : Moderato.

Radio-Sinfonie-Orchester Frankfurt. Eliahu INBAL, direction.

1 CD Teldec 2292 46330 2.

Vos commentaires

1 Le Vendredi 22 Fevrier 2008 à 08:53 GMT+2, par Jean-Yves Alt

J'écoute, je lis, j'éprouve et me retire sur la pointe des pieds pour ne point troubler ce délicat hommage.

2 Le Dimanche 24 Fevrier 2008 à 18:13 GMT+2, par Marin Marais

Merci à toi, Jardin. Dans un premier temps pour ce billet qui me rappelle l'essence du travail que nous avons entrepris et avant tout, merci d'être présent pour qu'un jour il puisse être.

3 Le Dimanche 24 Fevrier 2008 à 21:05 GMT+2, par jardinbaroque

@ Marin : Nous savons toi et moi que la route est encore longue, mais je suis certain qu'au bout du chemin, je serai fier de toi.

4 Le Lundi 25 Fevrier 2008 à 19:21 GMT+2, par Laure

Magie de l'instant dans cette alcôve amicale mais quelle musique!Merci de me rappeler que j'oublie sans cesse.....

5 Le Jeudi 6 Mars 2008 à 16:39 GMT+2, par Henri-Pierre

Mériter Bruckner et Rilke ; quel bel hommage.

6 Le Samedi 14 Juin 2008 à 20:15 GMT+2, par cyrille

Aussi vrai que gens d' ouvrage nous sommes, aussi vrai long mais palpitant le chemin !
Quant à Bruckner : tu connais maintenant mon sentiment. Et déjà tellement sublimes ses pupitres de cuivres !...

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