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Chants de Mars


Claude DERUET (c.1588-1660),
L'enlèvement des Sabines (détail), c.1640-1650.
Huile sur toile, Nancy, Musée des Beaux-Arts.


Voici venir la guerre aime-cris, brûle-hôtels,
Verse-sang, gâte-tout, fleau1 de l'ire divine.
L'une des Dires sœurs2, serves de Proserpine,
Comme d'avant-courrière en assaut les mortels.

Elle vole vers l'homme, et abat ses autels
Pour en chasser son Dieu, même de sa poitrine,
Pour leur causer, athée, une double ruine,
Elle ose bien se prendre aux esprits immortels.

Devant son ost3 ailé marche de place en place
L'horreur, la cruauté, le sac, le deuil, l'audace,
Le désordre, la fuite et l'indigence aussi.

Son œil, son bras, sa voix brûle, canonne et tonne.
Il n'y a nul salut en la main de Bellone4 :
Qui donc échappera de ce fleau sans merci ?

André MAGE de FIEFMELIN (avant 1560-après 1603),
Second essai du spirituel (Les Œuvres du sieur de Fiefmelin, 1601).

1 fleau : compte ici pour une syllabe.
2 Dires sœurs : les Furies.
3 ost : armée.
4 Bellone : déesse de la guerre, épouse ou sœur de Mars.


Musique :

Georg Philipp TELEMANN (1681-1767),
Suite pour orchestre en si bémol majeur,
TWV 55 : B10 (après 1721 ?) : Combattans.

Paul GOODWIN, Lorraine WOOD, Sophia McKENNA, hautbois.
Alberto GRAZZI, bassoon.
The English Concert - Trevor PINNOCK, direction.

 
Extrait de :
Suites pour orchestre (TWV 55 : C6, D19 et B10). 1 CD Archiv Produktion 437 558-2.

Vos commentaires

1 Le Mercredi 11 Juillet 2007 à 22:43 GMT+2, par Henri-Pierre

La guerre cernée par le pinceau, la plume et les trompes, dénoncée mais d'une inéluctabilité et une corruscance brillantes.
Une mention particulière pour le Deruet et le choc de la fureur et de la sauvagerie de l'homme-lion, magnifique et irrésistible qui déja flétrit et viole la douceur féminine par un bras qui a déja pris possession de l'intimité de la Sabine.
Comment de ce sfumato presque monochrome peut'il jaillir autant de violence ?

2 Le Jeudi 12 Juillet 2007 à 06:59 GMT+2, par venezia

C'est toi qui, le premier, Romulus, as jeté le trouble dans les jeux, lorsque l'enlèvement des Sabines fit le bonheur de tes hommes, privés de femmes. Alors un voile ne couvrait pas un théâtre de marbre et la scène n'était pas arrosée de la rouge essence du safran. (…) Sur les gradins de garon s'assirent les spectateurs, qui, d'un feuillage quelconque, protégeaient leur chevelure hirsute. Chacun regarde derrière soi, repère de l'oeil la femme qu'il désire et roule silencieusement mille pensées dans son coeur. Et tandis qu'au rythme grossier d'un joueur de flûte toscan, un baladin frappe trois fois du pied un sol aplani, au milieu des applaudissements, le roi donna à son peuple le signal qu'il fallait attendre pour saisir sa proie. Aussitôt ils s'élancent avec des cris qui trahissent leur dessein et ils portent sur les vierges leurs mains avides. Comme on voit, devant les aigles, fuir les colombes, troupe très craintive et, à l'aspect des loups fuir la toute jeune brebis, de même les jeunes filles montrèrent leur crainte devant ces hommes qui se précipitaient contre toutes les lois. (…) On entraîne de force ces femmes, proie destinée au lit nuptial, et plus d'une a pu s'embellir de sa crainte même. Si quelqu'une se montrait trop rebelle et repoussait son compagnon, l'homme la soulevait, la portait seul, pressée avec passion contre sa poitrine et lui disait : "Pourquoi gâter par des larmes tes jolis yeux ? Ce que ton père est pour ta mère, je le serai pour toi."

Ovide, L'Art d'aimer, I, v.101-130

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